La vie est belle! (Le NIC) - Le Samedi 19 Mai 2012

Propos sur les papas

Brigitte Bédard
Par Brigitte Bédard
Canada
Lundi 22 Juin 2009

Chers lecteurs, lectrices, je ne parlerai pas de la Fête des pères, mais tout simplement des pères… Le sixième enfant de notre belle grande famille verra le jour quelque part entre la fête des mères et la fête des pères, grâce à un homme qui a bien accepté d’avoir autant d’enfants.

Ça vous surprend? Bien qu’il ne s’agisse pas de données scientifiques, sachez que la plupart des femmes de ma génération auraient voulu plus de deux enfants, mais que la résistance se trouvait souvent du côté de monsieur. Insécurité financière, responsabilité trop lourde, perte de liberté, peur de l’engagement, du mariage, du divorce et de la pension alimentaire qui ruine? Peut-être bien…


Photo CNS

Ce qui est sûr c’est que la paternité rend tout aussi vulnérable que la maternité. À la veille de donner naissance, j’arrive difficilement à marcher. Impossible de courir. Difficile de m’asseoir et, certains soirs, impossible de me relever. Me retourner sur moi-même relève de l’exploit. Ramasser un objet parterre est un pensez-y bien… Sans parler de mes impatiences que ma famille subit avec charité et que mon curé n’en peut plus d’absoudre!

Ce matin, j’ai marché avec ma petite de 19 mois jusqu’à la boîte aux lettres… Une marche de huit minutes qui devrait en prendre deux. Au retour, bébé s’est mis à bouger vigoureusement, provoquant une contraction monstre… J’étais plantée là, au beau milieu de la rue, loin de la maison, avec cette petite qui tirait ma main en criant. Mes oreilles bourdonnaient.

Soudain, l’angoisse… Et si ma main lâchait et qu’une auto passait? Et si un p’tit voyou m’agressait? Et si un vélo passait trop près? Grosse comme je suis, que pourrais-je faire? Je ne pourrais même pas rattraper ma fille! Je n’arrivais plus à voir mon mari qui travaillait sur notre terrain… Je paniquais!

Puis, la contraction s’est mise à diminuer… Je vis mon mari se redresser, pelle à la main, et regarder dans notre direction… On aurait dit qu’il avait senti quelque chose. Je me suis remise à marcher, heureuse de pouvoir compter sur lui.

À quelques jours de l’accouchement, je ne peux plus rien faire. Même les enfants en font plus que moi… Mais cette impuissance me permet de vivre la dépendance d’une mère envers un père.

Je pensais à Jean-Paul II: «Le principe du péché origine (l) réside dans l’orgueil de la créature qui ne veut pas se reconnaître dépendante de son Créateur. Se reconnaître dépendant, c’est reconnaître ou accepter que l’on n’est pas son propre principe, sa propre cause; c’est ACCEPTER SES MULTIPLES DÉPENDANCES et la première dépendance, c’est celle de la créature qui reçoit son être d’un autre.» (1)

N’est-ce pas se qui se passe entre les époux qui forment un père et une mère? Sans le père, je ne peux pas être mère. Sans la mère, l’homme ne peut pas être père. On dépend de l’autre pour devenir le plan de Dieu. MA MATERNITÉ —impuissance qui commence par un corps qui se transforme et se déforme tout seul jusqu’au jour de la mise au monde où le contrôle est une notion qui n’existe tout simplement plus— MA MATERNITÉ, donc, me fait voir à quel point l’homme, le père, est investi d’une haute mission face à la femme. Quand il s’acquitte de sa mission, prêt à se sacrifier, il accepte ses multiples dépendances.

Le mari, devenu père, est tout aussi dépendant que la mère. Il ne peut plus ne penser qu’à lui seul Il perd à jamais cette liberté adulée par ses contemporains. Il doit révéler, dans l’intimité la plus étroite, sa plus grande faiblesse: son besoin sexuel, plus important que celui de sa femme. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Jean-Paul II! Mais je peux bien vous dire que ça se vérifie dans n’importe quel couple.

Toute femme sait à quel point il serait facile de dominer son mari là-dessus… Papa apprendra sur le tas que maman est indisposée assez fréquemment étant donné sa biologie et sa fatigue, sans compter l’aventure d’une grossesse souvent difficile, d’un dernier mois des plus pénibles, d’un accouchement qui laisse sur le carreau pendant trois mois et de l’allaitement qui gruge tout ce qui peut rester de libido… Messieurs, bienvenus dans le fabuleux monde des papas!

Pas surprenant que les hommes ne veuillent plus du mariage ou de la paternité! Qui voudrait se reconnaître vulnérable et dépendant à ce point? Malgré tout, moi, j’en connais quelques-uns…

Célébrons donc ces papas qui ont choisi leur noble mission avec tout ce qu’elle comporte de sacrifices et de renoncements. Par expérience, je peux vous dire que c’est toujours la maman qui reçoit les félicitations pour avoir une si grande famille… Moi, je te dis bravo mon mari… et surtout merci! Sans toi, il n’y aurait pas d’image de Dieu sur terre, et dans ma maison.

_________

Note

1- SEMEN, Yves. La sexualité selon Jean-Paul II, Presse de la renaissance, Paris, 2004, pp.121-122.


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Vos commentaires

Mes respects (et mon admiration).

par Stéphane Gagné à 2010-08-10 14:23:00

Chère Brigitte; je vous est découvert il y a quelques mois par un ami qui m'a transmis votre témoignage. Depuis j'ai lu tous vos articles et commentaires et suis tombé en admiration.
J'admire votre discernement et votre style d'écriture. Je trouve seulement dommage que vous ne soyez pas publiée à plus grande échelle. Plusieurs fois par semaine je regarde si vous avez du nouveau, mais on sort tout juste de la période de vacances...
Comme chrétien je suis assez facile à trouver sur Google, et j'ai bien l'intention de vous écrire à nouveau. Merci encore pour vos écrits et félicitations à votre époux et vous-même.
Au plaisir de vous lire.

Stéphane Gagné

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