La vie est belle! (Le NIC) - Le Samedi 19 Mai 2012

La Roselière: «une pause pour y voir plus clair»

Pour les femmes qui vivent une grossesse imprévue

Sophie Bouchard
Par Sophie Bouchard
Canada
Jeudi 29 Octobre 2009

Dans L’Évangile de la vie, Jean-Paul II invite à aller «à la découverte des besoins des personnes, en ouvrant, s’il le faut, de nouvelles voies, là où le besoin se fait le plus urgent et là où l’attention et le soutien sont le plus déficients». C’est exactement ce qu’ont fait Louise Caron-Giguère et son équipe en fondant La Roselière il y a cinq ans, un organisme qui offre «une pause pour y voir plus clair» aux femmes qui vivent une grossesse imprévue ou encore qui subissent les contrecoups inévitables liés à un avortement.


Il y a cinq ans, Louise Caron-Giguère et son équipe ont fondé La Roselière, un organisme pour venir en aide aux femmes aux prises avec une grossesse imprévue ou encore qui subissent les contrecoups inévitables liés à un avortement.  : Photo ECDQ.tv/Samuel Tessier

Il y a cinq ans, Louise Caron-Giguère et son équipe ont fondé La Roselière, un organisme pour venir en aide aux femmes aux prises avec une grossesse imprévue ou encore qui subissent les contrecoups inévitables liés à un avortement.

Photo ECDQ.tv/Samuel Tessier

Au Québec, il y a plus de 30 000 grossesses imprévues, dont 28 000 aboutissent à l’avortement. «Au début, c’est le taux d’avortement qui m’avait très fortement surprise, estomaquée, explique Louise. Je me disais: “ça ne se peut pas! Qu’est-ce que je peux faire, moi, toute seule chez moi, face à cette réalité des avortements”?»

Le 8 décembre 2004, après avoir consulté plus de 50 personnes, elle réunit 18 personnes pour prier d’abord, puis pour «réfléchir sur cette question épineuse et douloureuse.» Ici, on ne voulait pas «s’engager au nom d’une idéologie ou sur la défense des droits, cela, il y a d’autres organismes qui le font et qui le font très bien», affirme-t-elle.

On cherchait plutôt à trouver sa couleur propre, un rôle différent. Finalement, «on s’est engagé sur le plan de l’accueil de la personne, être une présence de proximité auprès de celle qui a un choix difficile à faire face à une grossesse imprévue.» Un support au discernement par le biais de rencontres individuelles avec ces femmes ainsi qu’une aide pour faciliter la réconciliation avec soi-même pour la femme qui a vécu un avortement.

Souvent, la femme qui fait face à une grossesse imprévue ressent une urgence de prendre une décision. «Se donner une pause, pour voir plus clair dans sa décision, c’est le pari que l’on fait, que l’on doit offrir à la jeune fille. Un temps où elle peut exercer sa liberté. Sa liberté à elle et non pas influencer son choix.»

Plusieurs membres actifs de La Roselière avaient déjà une formation en relation d’aide, «ce qui aidait déjà notre organisme à prendre forme. Dans nos membres actifs, il y en a plusieurs aussi qui ont une formation en discernement spirituel. On offre également un accompagnement spirituel.»

«Nous nous sommes constitués en corporation, puis nous nous sommes fait connaître dans les CLSC», dans les Cégeps, auprès des communautés religieuses, indique la fondatrice. En 2008 «on a tenté de nouvelles expériences en organisant des cafés-rencontres pour les femmes qui ont vécu un avortement. On a aussi expérimenté des ateliers interactifs en cinquième secondaire.»

Pour entrer dans les écoles, il est nécessaire d’avoir un programme à présenter aux directeurs d’écoles ou aux Animateurs de vie spirituelle et d’engagement communautaire (AVSEC). «Et si ça s’intègre à leur animation, ils peuvent nous faire venir à l’école. Déjà, on a présenté notre synopsis dans quatre collèges privés secondaires. Ce qui veut dire qu’à l’automne, on devrait aller animer des ateliers parce qu’ils se disent très intéressés par notre document.»

Dès la première année d’existence, alors que l’équipe n’est même pas encore constituée en organisme «on avait déjà des appels téléphoniques de jeunes filles qui étaient en détresse, soit après l’avortement ou soit en situation de grossesse imprévue. C’étaient des signes pour nous.» Des signes qu’il y a un besoin.

«Un jour, on s’est rendus rencontrer une jeune fille, dans une région éloignée, qui était aux prises avec une décision qu’elle ne pouvait pas prendre toute seule, raconte Louise. On est allé jaser avec elle au restaurant. À la fin, elle se sentait mieux équipée pour prendre sa décision. Mais on ne lui a jamais demandé quelle était sa décision. On a pris un temps d’arrêt pour qu’elle puisse elle-même choisir.»

L’an dernier, un nouveau projet a surgit: réaliser une vidéo avec trois témoignages. On voulait quelqu’un qui parle de son expérience souffrante d’avortement, une autre qui explique son choix d’offrir son enfant à l’adoption et finalement, quelqu’un qui aurait gardé son enfant. Différents bénévoles se sont impliqués dans ce projet qui vient de voir le jour et dont le résultat est tout à fait remarquable. Il a été projeté sur grand écran pour la première fois à l’occasion du 5e anniversaire devant les 120 invités parmi lesquels se trouvaient les témoins qui y ont participé.

Le premier témoignage brise un grave tabou de notre société en donnant la parole à Diana qui regrette profondément son avortement. «J’ai anesthésié ça (son avortement) presque 18 ans. Le travail intérieur qui s’est fait a été difficile pour moi. Parce que oui, c’est après tout ce temps-là que j’ai ressenti de la culpabilité, de la peine, de la haine envers moi-même.»

Marie nous touche droit au coeur par son témoignage fracassant, rare dans notre monde. Enceinte à 17 ans, elle avait d’abord choisi l’avortement, mais a finalement opté pour l’adoption. «On a commencé par la DPJ en disant: “j’aimerais choisir un couple, selon mes valeurs, selon mes convictions, je veux les rencontrer pour le bien-être de ma fille.” Un de mes critères c’était l’adoption ouverte. C’était important pour moi d’avoir des nouvelles de l’enfant. J’ai passé 24 h avec elle, je lui ai dit, à ma petite poupoune: “il y a une famille extraordinaire qui t’attend, qui t’aime. Et je veux que tu saches à quel point je t’aime, au point d’avoir choisi la famille qui convient”.»

Cela s’est fait de façon sereine, raconte Marie qui a pu garder contact avec la famille et reçoit des nouvelles régulièrement. «L’amour avec un grand A c’est de vouloir le bien de quelqu’un à 100%. C’est dur de s’oublier et dire: est-ce que c’est vraiment pour le bien de la personne ou pour mon bien à moi? Moi, j’ai pris la décision pour les deux: le mien et celui de l’enfant» conclut-t-elle, sereine.

Encore aux études il y a deux ans, Annabelle et Jonathan, ont choisi de garder leur enfant. Dans la vidéo, Annabelle raconte que suite à leur décision, «les gens m’ont tellement découragée que ça m’a juste “crinquée” ”(ndlr: stimulée). “Vous pensez que je vais me planter, leur disait-elle, et que je ne serai pas capable?” C’est sûr que c’était stressant un peu, que c’est difficile, que ça prend énormément de discipline. » Et Jonathan d’ajouter: «Jamais je ne regretterai ma décision. Quand tu vois un petit bébé en dedans, (échographie) qui bouge…»

Cette année, l’organisme a pour objectifs de rejoindre 700 élèves de cinq écoles par ses ateliers. On veut également poursuivre les ateliers-rencontre pour les femmes qui ont vécu un avortement. En plus de trouver un local permanent, La Roselière prévoit non seulement continuer les démarches pour se faire connaître dans les milieux scolaires, mais veut aussi offrir une présentation sur mesure pour les milieux hospitalier et communautaire.

La fondatrice souligne que depuis les débuts, elle a reçu beaucoup d’appuis encourageants: «Des dons nous arrivent au fur et à mesure de nos besoins. Et continuellement, des personnes nous appellent pour nous dire: “je prie pour vous.” Ça, c’est important la prière. Ça fait l’unité!»

Dans le Petit Larousse, on apprend que les roselières servent d’abris aux oiseaux et contribuent à l’épuration des eaux qu’elles entourent. Et c’est bien ce que fait La Roselière: protéger des pressions sociales, ces femmes en difficulté, en les entourant de leur présence pour leur offrir un temps pour purifier les eaux troubles de la mentalité de notre monde dans lesquelles elles baignent, la majorité du temps. Une oeuvre unique à découvrir et à faire connaître!

www.laroseliere.org

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Photo ECDQ.tv/Samuel Tessier Photo ECDQ.tv/Samuel Tessier


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Vos commentaires

Bravo

par Liliane Leger à 2010-05-24 16:20:44

Voila un beau témoignage, une solution offerte avec générosité et compassion. Milles fois bravo!

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