Divorcés remariés: un chemin nouveau dans l'Église
Chacun de nous connaît des personnes divorcées remariées. Certaines aimeraient trouver une solution à leur situation irrégulière. Les réconcilier avec la parole de Jésus est un des grands défis de l’Église actuelle. Comment faire en sorte que l’amour et la vérité s’embrassent vraiment?
Les pasteurs rencontrent souvent des fidèles dont le mariage a échoué et qui se sentent exclus de l’Église parce qu’ils ont refait leur vie avec une autre personne. Ces personnes voudraient se réconcilier avec l’Église. Avant d’absoudre ces personnes et de leur permettre de recevoir la communion eucharistique, certains prêtres vont exiger qu’elles se séparent du nouveau conjoint ou qu’elles promettent de s’abstenir de toute relation sexuelle. Se sentant incapables de faire cela, ces fidèles vont soit renoncer à la pratique de leur foi ou chercher un prêtre plus complaisant. Celui-ci, sous prétexte de miséricorde, va passer outre à la loi de l’Église et proposer divers accommodements qui contredisent le commandement de Jésus (Mt 10.11-12; Lc 16.18).
Ces incohérences pastorales entraînent beaucoup de confusion dans le peuple de Dieu. Doit-on maintenir la ligne dure qui éloigne des personnes souffrantes? Ou bien l’Église doit-elle mettre de l’eau dans son vin pour répondre aux besoins des croyants d’aujourd’hui en réinterprétant l’Évangile? Entre la rigueur et le laxisme, y a-t-il une troisième voie qui conjuguerait miséricorde et vérité?
Dans leur livre courageux intitulé Fidèles jusqu’à l’audace (1), deux prêtres français explorent des approches pastorales qui ouvrent des chemins d’espérance pour les personnes divorcées remariées, tout en restant fidèles au commandement de Jésus. Eric Jacquinet, prêtre du diocèse de Lyon et membre de la Communauté de l’Emmanuel accompagne depuis plusieurs années les fidèles divorcés remariés. Jacques Nourrissat, prêtre lui aussi du diocèse de Lyon depuis 1943, a exercé divers ministères au Québec en tant que prêtre “fidei donum” pendant 25 ans. Il accompagne depuis 40 ans des fidèles divorcés, remariés ou non.
Le livre qu’ils ont écrit ensemble décrit bien franchement leurs échecs et leurs succès dans ce ministère difficile et exigeant. Il s’adresse à des évêques, des prêtres, des diacres, des laïcs en responsabilité, des religieux et religieuses qui s’interrogent sur l’accompagnement dans l’Église des personnes divorcées remariées. Lorsque celles-ci approchent un représentant de l’Église, la plupart du temps c’est dans l’espoir de trouver une solution simple et rapide qui leur permettrait de revenir à la pratique religieuse notamment à la communion eucharistique. Elles portent souvent en elles beaucoup de blessures et de culpabilités à cause de l’échec de leur couple.
Le prêtre ou le ministre fidèle au Magistère doit en conscience accueillir ces personnes avec beaucoup de miséricorde mais sans minimiser la gravité de leur situation. D’ailleurs, les gens ne sont pas dupes. «“Quand un prêtre me dit que ma situation n’est pas grave, cela me déprime, parce que je sais que c’est faux”, disait l’un d’eux.» Loin de repousser la démarche entreprise, les auteurs proposent plutôt un cheminement permettant à la personne de rencontrer le Christ riche en miséricorde. Il faut beaucoup de patience et de compassion au ministre car la personne souffrante exprimera alors sa peine et sa colère non seulement envers l’Église mais souvent envers Dieu lui-même. Le ministre doit accueillir tout cela sereinement, avec une compassion surnaturelle. Ce n’est qu’ensuite que le cheminement est possible.
Des groupes de personnes divorcées sont invités à se réunir dans un climat de respect et de franchise pour se mettre à l’écoute de ce que Jésus a à leur dire. Les pages d’Évangile prennent alors un relief nouveau. L’accueil miséricordieux de Jésus envers Zachée et la Samaritaine, les paraboles du bon Samaritain et du Fils prodigue manifestent non seulement la compassion du Christ mais aussi son désir que nous devenions tous des saints.
Ce livre rappelle que nous sommes tous des pécheurs inaptes à recevoir l’Eucharistie sans une conversion du coeur. «Les meilleurs accompagnateurs sont des personnes vulnérables, conscientes d’être blessées dans leur histoire et ayant expérimenté la force du Christ dans leur faiblesse.»
La foi des auteurs en la présence sacramentelle du Christ m’a beaucoup impressionné. Ce livre a approfondi en moi l’importance de la grâce baptismale et conjugale. Résolument christocentrique, ce livre explique de façon convaincante pourquoi un mariage VALIDE est indissoluble: il représente l’alliance indestructible entre le Christ et Son Église.
Les personnes appelées à accompagner les fidèles divorcés remariés ou non trouveront en ce livre des expériences pastorales inspirantes et fécondes. Ils y découvriront vraiment un nouveau regard, un nouveau langage et de nouveaux repères pour un ministère exigeant mais combien nécessaire de nos jours.
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