Le livre noir de la christianophobie
Lorsqu’on parle de martyrs, on pense naturellement aux témoins des origines de l’Église tels les martyrs de Rome ou nos saints martyrs canadiens. Or encore aujourd’hui, des catholiques continuent de verser leur sang par fidélité à leur foi. Comment pourrait-on rester indifférent devant leur sacrifice?
J’avoue avoir hésité avant d’ouvrir le livre de René Guitton1. Son titre, Ces Chrétiens qu’on assassine, a de quoi scandaliser. J’ai bien failli passer outre, comme le prêtre et le lévite de la parabole, sous prétexte de ménager ma sainte quiétude. Mais la petite voix intérieure m’a incité à ne pas me dérober aux épreuves bouleversantes de mes frères et mes soeurs dans le Christ.
Membre du réseau d’experts de l’Alliance des civilisations des Nations Unies, l’auteur s’applique depuis longtemps à bâtir des ponts entre l’Orient et l’Occident. Il n’est pas seulement un expert en cette matière mais un interlocuteur privilégié de nombreux témoins sur le terrain, comme l’illustre ses trois pages de remerciements à la fin de l’ouvrage.
Nous oublions souvent que le christianisme a commencé et s’est épanoui d’abord en Orient avant d’essaimer en Afrique, puis en Europe et dans les Amériques. Pendant des siècles avant et même après l’éruption de l’islam, les Églises d’Orient étaient nombreuses et florissantes.
Depuis un siècle, partout où règne l’islam, des persécutions plus ou moins violentes éclatent qui ont pour but d’obliger les non musulmans à abjurer leur foi ou à quitter le pays. Que cela se passe au Moyen-Orient, au Maghreb, en Égypte, en Turquie, en Irak, en Iran ou jusqu’en Indonésie, l’intensité peut varier, mais l’objectif demeure le même: un nettoyage religieux sans merci.

Pourtant, la plupart de ces pays ont des constitutions qui seraient censées protéger la liberté religieuse mais un peu partout, une clause qui reconnaît l’islam comme religion de l’État autorise des discriminations de toutes sortes. On exclut, par exemple, les chrétiens des appareils gouvernementaux, de l’armée, des corps policiers.
On leur cause toutes sortes de tracasseries pour la construction, la réparation ou même l’entretien des églises. On réduit leurs possibilités de se faire instruire. Leurs élites doivent se taire pour éviter le pire et pourtant le pire se produit souvent. La moindre étincelle met le feu aux poudres. Souvent le prosélytisme agressif des évangélistes protestants fournit le prétexte voulu. Dans de très nombreux pays, de petits groupes d’islamistes suscitent des émeutes qui vite tournent au massacre.
Et des massacres, il y en a eus tellement ces dernières décennies. René Guitton nous les rapporte avec une grande franchise. Certains passages de la tragédie au Liban des années 80, par exemple, sont franchement insoutenables. Or ailleurs, en Irak, en Indonésie et en Afrique, des massacres de chrétiens se poursuivent encore aujourd’hui. Les vieilles chrétientés d’Orient s’éteignent rapidement à mesure que les derniers chrétiens meurent ou s’exilent pour toujours.
Il n’y a pas que les musulmans qui persécutent les chrétiens. En Inde, des fanatiques hindous en font autant, tout comme les bouddhistes au Sri Lanka. Pourquoi nos medias nous laissentils ignorer ces événements importants? L’auteur explique les raisons de cette «politique des yeux fermés». Les journalistes occidentaux ignorent tout des Églises en Orient. Aussi, ils semblent incapables d’imaginer le christianisme comme minoritaire. De plus, le réflexe anticatholique de nos faiseurs d’opinion les empêche de rapporter ces événements honnêtement.
À la fin du livre, l’auteur évoque quelques pistes d’espérance et propose un Appel à la solidarité avec les minorités religieuses persécutées. Voici un livre troublant, certes, mais essentiel pour qui veut comprendre où s’en va notre monde.
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Note:
1- René Guitton, Ces Chrétiens qu’on assassine, 2009, Flammarion, 333 pages, 44,95$.
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