La vie est belle! (Le NIC) - Le Samedi 19 Mai 2012

Réalisatrice du film «Pour l’amour de Dieu»

Micheline Lanctôt se livre

Sophie Bouchard
Par Sophie Bouchard
Canada
Mercredi 26 Octobre 2011

Un film de Micheline Lanctôt, où il est question de l’époque glorieuse de l’Église catholique dans les années 50 au Québec? On va y goûter!» Voilà toute la méfiance qui me tenaillait quand j’ai entendu parler du film Pour l’amour de Dieu. Un jugement téméraire qui mériterait d’être entendu en confession, je l’avoue maintenant, puisque ce film n’est ni pour, ni contre l’Église; il expose simplement une ambiance, des faits, une histoire inventée, quoiqu’inspirée de sentiments qui ont habité son auteure alors qu’elle était enfant.


«Tous nos rapports avec les Dominicains pour le film ont été absolument impeccables. On était bien chez eux…», confie Micheline Lanctôt. Tellement bien que, sur l’heure du midi, au lieu de luncher avec tout le monde, elle est allée dans l’église. Elle y a trouvé quatre de ses «gros gars, mes machinistes, qui étaient assis là, qui ne disaient pas un mot. Je leur ai demandé “qu’est-ce que vous faites là?” Ils m’ont répondu: “c’est paisible”. Il y avait dans cette église-là quelque chose de très palpable, une sérénité que je n’ai pas trouvée souve : Photo S. Bouchard

«Tous nos rapports avec les Dominicains pour le film ont été absolument impeccables. On était bien chez eux…», confie Micheline Lanctôt. Tellement bien que, sur l’heure du midi, au lieu de luncher avec tout le monde, elle est allée dans l’église. Elle y a trouvé quatre de ses «gros gars, mes machinistes, qui étaient assis là, qui ne disaient pas un mot. Je leur ai demandé “qu’est-ce que vous faites là?” Ils m’ont répondu: “c’est paisible”. Il y avait dans cette église-là quelque chose de très palpable, une sérénité que je n’ai pas trouvée souve

Photo S. Bouchard

«Dans mon enfance, j’étais extrêmement fervente, pieuse, c’était un véritable réconfort de dire Jésus. Ça m’arrive encore d’ailleurs, quand je crains que tel ou tel événement se produise. Et à chaque fois je me dis, “voyons donc!” Je crois en la prière, quelle qu’en soit la forme. Par contre, je suis trop allergique aux religions pour faire un retour à la pratique», prévient Micheline Lanctôt. D’ailleurs, quand elle a fait le film, elle ne cherchait pas particulièrement à retrouver Dieu, «mais je me suis rendu compte à quel point ça me manquait». Enfant, elle adorait la liturgie. «Je faisais

le mois de Marie, je faisais les Rogations du Jeudi saint. J’adore les aspects caverneux des églises, j’aimais le goût des hosties, confie-t-elle en riant. Ce n’est pas du tout incompatible avec qui je suis! Ça fait partie de mon identité: catholique romaine.»

Si son père était très croyant, —après tout, il avait été Jésuite— sa mère était athée. Sa maison était en face du Couvent Jésus Marie, du Collègue Jésus-Marie, de l’École Vincent d’Indy et de l’Académie St-Germain. «J’étais toujours dans les jupes des Soeurs de Jésus Marie. Elles m’adoraient et me bourraient de petites statues, d’images pieuses.» Cette féministe convaincue est pleine d’admiration pour ces femmes qui l’ont instruite, les Soeurs de Jésus-Marie. Elle a vu en elles des femmes accomplies. Ce sont elles, les premières, à avoir tant fait pour la cause des femmes. Elle reconnaît d’emblée qu’elle a reçu d’elles, des valeurs fondatrices qu’elle conserve toujours.

De mauvaises expériences? Elle en a eu aussi. «Il y avait une soeur qui m’avait jetée à terre en troisième année parce qu’elle avait pété les plombs. Je n’ai jamais su pourquoi. Mais je leur dois tellement à ces religieuses-là, je n’ai pas conservé d’animosité.» Elle s’explique tout de même mal pourquoi certaines personnes ont des réactions aussi viscérales par rapport aux religieux et religieuses. «J’ai rencontré beaucoup de gens à qui l’on dit le mot “soeur” et qui font “yark”. Ce n’est pas mon cas. C’est fort probablement un courant de pensée qui s’est installé dans les années 60. Peut-être que c’était le fait de ne pas être capable de porter le short? Ce n’était pas drôle en 1959!» «Mais moi, ma révolte s’est passée assez rapidement là-dessus. Je n’ai jamais vraiment viré capot, dans le sens que je ne suis pas revenue contre ces femmes-là parce que je leur devais trop.»

Les religieuses de Jésus-Marie étaient extrêmement exigeantes, se rappelle madame Lanctôt. «Elles nous poussaient aux études, à aller à l’université. Et çà, en 1960! Et puis, je ne peux pas en vouloir à ces soeurs-là de m’avoir montré ce qu’est le cinéma! Bien sûr, elles nous projetaient seulement des films catholiques.» Si elle s’est fait taper sur les doigts par ses professeurs de musique, qu’elle était constamment en retenue et en pénitence, c’est sans doute parce qu’elle n’était pas une élève facile admet-elle. C’était comme ça qu’on faisait à l’époque. «Je n’ai jamais

remis ça en question; elles étaient là pour m’éduquer!» Sa révolte contre l’Église n’était donc pas dirigée contre les soeurs. Elle a plutôt explosé en voyant le trésor de Saint-Pierre lors d’un voyage à Rome en 1966. «Je me disais “c’est totalement obscène. Ils nous font payer 10 cents pour les petits Chinois et les Africains!” Puis je regardais la couronne chargée de pierres précieuses, la croix avec des rubis gros comme ça. Et là, j’ai capoté. Ça, pour moi, c’était incompatible. Je ne suis plus jamais revenue à l’Église à cause de cela.»

La scénariste et réalisatrice du film Pour l’amour de Dieu, Micheline Lanctôt, en compagnie des deux principaux comédiens du film, Madeleine Peloquin et Victor Andrés Trelles Turgeon. : Photo S.Bouchard

La scénariste et réalisatrice du film Pour l’amour de Dieu, Micheline Lanctôt, en compagnie des deux principaux comédiens du film, Madeleine Peloquin et Victor Andrés Trelles Turgeon.

Photo S.Bouchard

Par ailleurs, «je suis beaucoup plus catholique dans mes valeurs qu’on le pense. Je ne suis pas politisée dans le sens que je n’adhère pas à une idéologie, mais j’ai des valeurs sociales de gauches, qui sont des valeurs sociales chrétiennes en fait. Quand je lis la Bible, je n’ai aucun problème, c’est quand j’entre dans la structure de la religion que j’en ai.» Si on veut avoir des préjugés à son égard, pas de problème. «Mais je vais les surprendre, annonce-t-elle. On devrait toujours être vierge devant une situation dont on n’est pas certain et ensuite chercher soi-même. J’avais cette attitude-là aussi devant l’Église. Et je ne renie pas du tout mes valeurs, qu’elles viennent de mon Église, qu’elles viennent de mon éducation religieuse. Je serais bien folle de le faire, je ne me suis pas faite, toute seule!»

L’ambiance de son enfance, l’éducation et les valeurs reçues aident à comprendre davantage comment la Micheline Lanctôt connue du public a pu réaliser le film Pour l’amour de Dieu. «La trame de l’histoire, je l’ai fabriquée. J’aimais l’idée d’un triangle amoureux. Et le triangle étant aussi avec Jésus, c’est finalement un quatuor.» Le triangle, lui, n’a jamais réellement existé; n’existent que les personnes qui l’ont inspiré. Cependant, il y a bien eu un rapport, à une certaine époque, entre Micheline Lanctôt et Jésus. Mais cette histoire-là n’est pas encore terminée…


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