Les leaders pressentent une profonde crise mondiale
(NDRL.: Cet article très intéressant porte sur une rencontre spéciale qui ralliait croyants et non-croyants. Il est tiré du dernier numéro du magazine Le Nouvel Informateur catholique (Le NIC).) Un fil conducteur a traversé les discours et les invocations à Dieu lors de la rencontre de «prière pour la paix» d’Assise. C’est le pénible sentiment que le monde fait face non seulement à des conflits et des guerres mais à une crise sans précédent qui affecte dramatiquement la vie culturelle et sociale de l’humanité tout entière.

Des Franciscains libèrent des colombes durant la rencontre interreligieuse pour la paix convoquée par Benoît XVI pour marquer le 25e anniversaire du premier événement du genre initialisé en 1986 par Jean-Paul II.
Photo CNS/Giampiero Sposito, Reuters
Les intervenants de la rencontre interreligieuse du 28 octobre n’ont pas caché leur profonde inquiétude devant la croissance des problèmes environnementaux, l’approfondissement du fossé entre riches et pauvres, l’érosion des traditions culturelles, le terrorisme et de nouvelles menaces qui pèsent sur les membres les plus faibles de la société. S’adressant à plus de 300 participants triés sur le volet des religions mondiales, le pape Benoît s’est fait l’écho de ces lancinants problèmes. 25 ans après que le bienheureux Jean-Paul II eut convoqué la première rencontre d’Assise, il a exprimé son analyse de l’état global actuel de la paix sur terre.

Quelque 300 délégués de diverses traditions religieuses ont participé à la rencontre interreligieuse pour la paix à Assise.
Photo CNS/L'Osservatore Romano via Reuters
En 1986, a-t-il noté, «la grande menace pour la paix dans le monde venait de la division de la planète en deux blocs s’opposant entre eux. Le symbole visible de cette division était le mur de Berlin qui, passant au milieu de la ville, traçait la frontière entre deux mondes». Et comme pour illustrer un rapport de cause à effet, il rappelait que «trois années après Assise, le mur est tombé, sans effusion de sang». Aujourd’hui, la guerre froide est terminée et il n’y pas de menace de grande guerre en vue. Toutefois, a-t-il enchaîné, «la dissension prend de nouveaux et effrayants visages».
Et il renvoyait dos à dos d’une part le terrorisme, perpétré abusivement au nom de la religion, qui «justifie toute forme de cruauté... sans aucun égard pour les vies humaines innocentes». D’autre part, l’érosion des valeurs spirituelles dans l’humanité moderne et particulièrement dans les sociétés radicalement laïcisées. Cette violence insidieuse «est la conséquence de l’absence de Dieu, de sa négation et de la perte d’humanité qui va de pair avec cela».
Dans le développement de ce dernier point, le pape ne s’est toutefois pas appesanti sur les effets d’un «athéisme prescrit par l’État». Il faisait plutôt allusion à une déstructuration sociale responsable «d’un changement du climat spirituel. L’adoration de l’argent, de l’avoir et du pouvoir, se révèle être une contre-religion, dans laquelle l’homme ne compte plus, mais seulement l’intérêt personnel.»
DIVERSES INTERVENTIONS

Les formes multiples des chapeaux démontrent la diversité, tant culturelle qu’ethnique, des participants à la rencontre interreligieuse pour la paix d’Assise.
Photo CNS/Paul Haring
Lors de l’événement de 2011, il n’y a pas eu à Assise d’appel à la trêve d’un conflit spécifique comme il y a 25 ans. Ce n’est pas que les guerres soient disparues de l’horizon mondial mais parce que l’harmonie entre les peuples est menacée de nouvelles façons alarmantes:
—Le risque croissant de conflits culturels a été évoqué par le bouddhiste coréen Ja-Seung. D’autres intervenants ont mis en garde contre une mondialisation qui peut provoquer un contrecoup chez ceux qui redoutent un affaiblissement de l’identité culturelle.
—Le monde ignore les pertes de vie massive parmi les pauvres, a déploré l’archevêque anglican Rowan Williams de Canterbury, une observation reprise par plusieurs leaders.
—Des orateurs ont abordé le problème de la crise économique qui plane sur l’avenir comme un sombre nuage. Le révérend Olav Fykse Tveit, un ministre luthérien et secrétaire du Conseil mondial des Églises a dit que le taux actuel de chômage chez les jeunes donne l’impression que «nous jouons aux dés avec le bien-être et le bonheur d’une génération».
—Le patriarche orthodoxe Bartholomée de Constantinople a exprimé sa crainte que les changements amenés par les mouvements pro-démocratiques dans les pays arabes ne résultent en une perte de protection pour les minorités chrétiennes.
—Julia Kristeva, une humaniste non-croyante invitée par le pape à Assise, a soutenu que la capacité fondamentale des gens de prendre soin les uns des autres, d’élever des enfants et de cultiver la terre étaient menacée par les avancées accélérées des sciences, les mécanismes incontrôlés de la technique et de la finance ainsi que l’impuissance des démocraties classiques à gérer ces résultats.
—Plusieurs leaders religieux ont mis en garde contre un désastre écologique si des changements dans les styles de vie ne sont pas effectués.

Le patriarche orthodoxe Bartholomée de Constantinople, le pape Benoît, le rabbi David Rosen et Wande Abimbola, représentant de la religion Yoruba du Nigeria, sourient de voir une colombe se poser sur la main d’un assistant durant une célébration à l’extérieur de la basilique de St-François d’Assise.
Photo CNS/Paul Haring
En conclusion, on se doit de mettre dans la balance de ces constats dramatiques, des paroles et des prières d’espérance prononcées avec foi à Assise. Le cardinal africain Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical justice et paix, avait d’ailleurs donné une impulsion positive à la rencontre dans son discours d’ouverture. «Nous sommes venus ici pour témoigner de la grande force de la religion pour le bien, pour la construction de la paix, pour la réconciliation de ceux qui vivent un conflit, pour remettre l’homme en harmonie avec la création».
Comme l’a fait valoir un pasteur de l’Église réformée lors de la cérémonie de clôture, l’ouverture des frontières, l’abolition des distances et de meilleurs moyens de communication devraient favoriser l’impact des croyants dans la vie planétaire. Mais à Assise 2011, il est ressorti plus clair que jamais que la paix mondiale requiert plus que la simple élimination des conflits armés (source CNS).
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