Seul à seul avec le Seigneur… dans les Alpes!
NDLR: Dans notre dernier numéro, nous avons présenté le fondateur de la communauté “Eucharistein”, que Le Nic a rencontré lors du Congrès eucharistique de Québec. Dans cette première partie de l’entrevue, il a surtout été question des succès, des déceptions puis de la conversion (1) de Nicolas Buttet. L’article se terminait au moment où il évoquait son implication au Vatican à l’occasion d’une “Conférence mondiale sur la justice, la paix et la sauvegarde de la création”.

Le père Nicolas Buttet a vécu cinq ans en ermite dans les Alpes. «Il y avait une petite grotte. C’était un dépotoir quand j’y suis arrivé. Vraiment, c’était le plus simple: neuf mètres carrés sans rien. Il y avait des planches pour le lit par terre, et le rocher comme toit. C’était superbe!» confie-t-il en riant.
Photo Fraternité Eucharistein
«J’ai préparé cette Conférence mondiale pendant deux ans et demi, explique le père Buttet. Ensuite, j’ai été responsable des questions “Justice et Paix pour l’Asie” et pour des questions d’éthique économique.» Mais Nicolas Buttet continue toujours d’avoir au fond du coeur un appel à la radicalité évangélique.
«François d’Assise m’a toujours marqué. Je me disais, quand j’étais dans mon stage: “Tiens, c’est Dieu! Il faut annoncer le primat de Dieu, maintenant!” Mais, le primat de Dieu ne peut être annoncé que lorsqu’on a tout donné! Que lorsqu’on a dit: “Dans ma vie, il n’y a que Dieu, il n’y a rien d’autre que Dieu!”»
«C’est ça qui me travaillait: le monde ne croira que si à un moment donné, on croit nous-mêmes. Et si on y croit nous-mêmes, ça veut dire que si Dieu est tout, alors Il remplit tout!»
Appel en ermitage
«C’est à Rome que j’ai eu l’appel de partir en ermitage. C’était clair! C’est à cet ordre-là que je devais obéir, aller à ce rocher dans les Alpes.»
L’ex-parlementaire ne voulait pourtant plus retourner en Suisse. «C’était fini. J’étais connu comme politicien. Ils parlaient de moi à la télévision, ils parlaient de mon départ. Si je retournais au même endroit, je signais ma mort! J’étais connu comme politicien. Ça me gênait.»
—Et qu’est-ce qui vous a amené là précisément? interroge Évelyne.
«C’était vraiment un signe de Dieu, clair. Mais jamais de la vie, j’aurais voulu ça!»
—Mais vous connaissiez cet endroit? continue Paul.
«Je connaissais cet endroit dès ma jeunesse. Enfant, j’allais en pèlerinage dans ce petit lieu, à Saint-Maurice. L’évêque à qui j’ai expliqué mon appel a dit oui. Le cardinal pour qui je travaillais a mis un peu plus de temps à dire oui, mais il a dit oui quand même.»
—Il ne voulait pas vous laisser partir? devine Évelyne.
«Finalement, il m’a laissé partir et du coup, j’ai débarqué là-bas avec mon sac à dos.»
—Mais il existait déjà un ermitage? se préoccupe Paul.
Le regard de Nicolas Buttet s’allume lorsqu’il commence à expliquer où il a vécu pendant cinq ans sa vie d’ermite. «Il y avait une petite grotte. C’était un dépotoir. On y mettait les sacs de poubelles. Ça faisait neuf mètres carrés. Quand il a été creusé dans le rocher, un petit mur avait été bâti pour le fermer.»
—Donc un ermitage dans sa plus pure expression? lâche Évelyne, admirative.
«Vraiment, c’était le plus simple: neuf mètres carrés sans rien. Il y avait des planches pour le lit par terre, et le rocher comme toit. C’était superbe, affirme- t-il en riant, nous laissant muets d’étonnement! J’ai toujours un œil dessus… Le jour où le Seigneur voudra! Mes frères et soeurs me disent que c’est un rêve.»
—Vous voulez y retourner? clame-ton avec surprise, tous à la fois!
«Oui», dit-il simplement en riant, visiblement habité d’un ardent désir!
Surprise, Évelyne insiste: —Vous avez aimé cette expérience?
Plein d’une joie évidente à ce souvenir, Nicolas Buttet l’admet: «Ah! Oui! Moi, je serais resté là! J’étais parti pour une année d’ermitage. Et puis, à la fin de l’année, il n’y avait rien qui faisait que je devais quitter, donc j’ai continué. Et au bout de trois ans, j’ai dit, je finirai ma vie là! C’est fantastique!»
—Et avec la santé, les intempéries, comment vous faisiez? demande Paul avec une pointe d’inquiétude dans la voix.
«Ça allait! L’évêque s’est beaucoup inquiété parce qu’un médecin lui avait dit que là-haut, c’était trop dangereux pour la santé et tout. Il m’a dit: “Le médecin affirme qu’il ne faut pas rester là.” Le médecin peut bien dire ça, mais le Bon Dieu peut dire autre chose!», a répondu Nicolas.
—Les hivers dans les Alpes, ça doit être très rigoureux, s’enquiert Paul! «C’était un peu sportif! Mais, moi, j’aimais bien!»
—Ça doit ressembler un peu aux hivers canadiens? demande Évelyne.
«Pas autant, quand même. C’est plus doux chez nous.»
—Il n’y avait pas de bêtes sauvages? questionne Paul.
«Non. Ce n’était pas très loin de la civilisation. Il y avait un renard que je croisais de temps en temps. Aucune fouine», précise le père Buttet en riant.
Le rayonnement
Évelyne revient à la charge.
—Dans un tel contexte de dépouillement, comment la Fraternité a-t-elle vu le jour?
«Les jeunes ont commencé à affluer, cherchant un lieu où nourrir leur foi. Ils sont venus à moi en disant: “Nous, on n’a pas de chemin de foi, on cherche un endroit pour nourrir notre foi et on ne trouve rien.” Et j’ai dit: “c’est vrai, je ne connais rien du tout, non plus”.
«En fait, on a commencé à se rencontrer comme ça mais on n’avait pas du tout l’intention de former une communauté. On approfondissait notre foi ensemble.»
Il leur propose alors de venir à l’ermitage le samedi soir pour faire un temps de catéchèse et d’enseignement. Ils commencent à cinq, montent à quinze puis jusqu’à 25 personnes qui cherchent à s’asseoir dans les neuf mètres carré disponibles dans la grotte!
«Et après, c’est monté à 50, 100 dans d’autres lieux.»
Un noyau de jeunes très fervents se forme. Le groupe commence ensuite à en attirer d’autres. «Il y avait des jeunes qui venaient, que j’avais rencontrés alors qu’ils étaient en train de se droguer et qu’ils avaient perdu la foi. Ils venaient en curieux pour voir un petit peu. Ils me disaient: “Ça nous fait tellement de bien ces soirées, mais entre deux, on plonge. Aidez-nous à nous en sortir”!»
Le père Buttet nous explique alors l’incroyable élan de charité que les jeunes du noyau ont eu pour les plus démunis. Les jeunes du début se trouvent du travail pour pouvoir accueillir chez eux, dans leur appartement, dans leur maison, ceux qui sont dans la misère. Le rayonnement de ce petit groupe-noyau est tel, qu’on va jusqu’à leur demander de faire des soirées de prière dans des paroisses.
—Et l’ermite redescend de la montagne, présume Évelyne.
«Oui, l’ermite est redescendu de la montage. C’est ça qui est arrivé. Puis, les jeunes brisés nous disaient: “Aidez-nous, nous on meurt, on crève, on a besoin de Jésus, on le sait que c’est ça. Ce qu’on découvre là, c’est ça qui peut nous combler. On a cherché partout ailleurs. Il n’y a que le Christ qui pourra nous aider, mais il faut nous épauler, il faut nous porter parce qu’on se plante entre deux rencontres”.»
Les jeunes du premier noyau ont donc pris une année sabbatique pour les aider. Nicolas Buttet commence à sentir de la pression de leur part pour former une communauté.
«On avait un vieux père Jésuite qui était notre accompagnateur, très proche de ce que l’Esprit fait dans le monde actuel, très attentif aux signes de Dieu. Et il disait, “Ça ressemble à une fondation, ce que vous êtes en train de vivre! Demandez au Seigneur, demandez le “confirmatur”, demandez des signes”!»
Mais Nicolas résiste… «Je n’avais pas du tout envie de quitter mon ermitage, mais vraiment pas! Je me voyais un petit peu comme une personne-ressource du groupe mais pas du tout autrement. De sorte qu’à un moment donné, j’ai envoyé les jeunes dans des communautés nouvelles! Et, chaque fois, ils revenaient en disant, “ce n’est pas ça qu’on cherche”.»
Une neuvaine efficace!
Après un certain temps, le prêtre qui les conseille les invite à demander des signes concrets au Seigneur. Il leur demande quel signe pourrait leur indiquer que c’est le temps de fonder une communauté. «On a répondu: “c’est clair, s’il y a une communauté qui doit naître, il faut une maison!” Et le prêtre nous rétorque: “Mais quelle genre de maison voulez-vous?” On a dit: “une vieille ferme, un vieux truc”.»
Il leur demande ensuite quel saint leur plaît. «On dit: François d’Assise. Il dit: “Ça, c’est au mois d’octobre, c’est trop tard.” On était au mois de décembre, alors, on a pris François de Sales. C’était un disciple de François d’Assise. On a fait une neuvaine jusqu’au 24 janvier.»
Personne d’autre n’est au courant de cette neuvaine. Le dernier soir de neuvaine, alors que le groupe vient de terminer l’animation d’une veillée de prière dans une paroisse, un homme s’approche de Nicolas Buttet et lui demande de lui expliquer leur mission. «Puis, je ne sais pas pourquoi, j’ai dit: “Voilà, on termine une neuvaine aujourd’hui, si Dieu nous donne une vieille ferme, bien, c’est peut-être le signe qu’il y a une communauté qui doit naître”.»
L’homme lui répond que son oncle a justement une vieille ferme et lui propose d’aller la voir sur-le-champ. «On est descendu voir la ferme. C’était vraiment une ruine, se rappelle le père Buttet en riant. L’homme lui dit: “Écoute, j’en parle à mon oncle et je te rappelle”.» Deux jours plus tard, ils se rencontrent chez l’oncle en question. «Prudemment, il me dit: “Toi, tu es venu pour la ferme?” J’ai dit oui. Et il me dit: “Bon, bien! Elle est à toi”!»
«J’ai dit: “Attendez, on n’a pas d’argent, on n’a pas de sous, on n’a rien du tout! Donc, il faut vraiment qu’on soit clair là-dessus.” Il me répond: “Qui t’a parlé d’argent? Moi je veux juste qu’on n’ait pas de problèmes avec le fisc, les taxes. Ni toi, ni nous. Toi tu es l’avocat, alors tu fais les papiers”», relate le père Buttet.
«Alors, on avait la ferme. Je suis allé voir l’évêque pour lui expliquer. “Voilà ce qui en est, voilà ce qui va se passer.” Et puis, il me demande: “Et toi? Tu fais quoi?” Je réponds: “Bien moi, je retourne à l’ermitage!” Et l’évêque dit: “Tu te fous de ma gueule”?» (éclat de rire général).
—Les évêques parlent comme ça en Suisse? rigole Évelyne.
«Oui, oui, assure le père Buttet en riant! Je réponds à l’évêque: “Vraiment pas!” Il me dit: “Ta place est avec les autres: tu descends de ta montagne!” J’objecte: “Non, mais moi, Dieu m’appelle à l’ermitage!” L’évêque me rétorque: “Mais là, il t’appelle ailleurs”!»
C’est donc par obéissance à son évêque que l’ermite quitte sa grotte… «J’ai vécu cinq ans en ermitage. Quand j’ai quitté, j’ai tout laissé là, même la nourriture. Je me disais que je remonterais”. Alors, tout est encore là-haut. À l’heure qu’il est, c’est sûrement périmé!», lance-t-il en riant.
—Peut-être que ça fait l’affaire de votre renard, blague Paul.
«Des souris et des loirs!», continue le père en éclatant de rire!
(Suite et conclusion de ce témoignage dans notre prochaine édition. Le père Nicolas Buttet racontera la naissance de la Fraternité Eucharistein, son appel au sacerdoce en 2003 ainsi que l’histoire de la fondation de l’Institut Philanthropos.
Note:
1- On peut se procurer le numéro 11 du Nic qui contient la première partie de ce témoignage en communiquant avec le Service des abonnements au (450) 834-8503 ou lenic@spirimedia.com. L'article est également sur notre site: La faiblesse: matière première de la grâce!
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