La vie est belle! (Le NIC) - Le Samedi 19 Mai 2012

Le génocide du Rwanda

Deux films, deux regards

Sophie Bouchard
Par Sophie Bouchard
Canada
Dimanche 13 Avril 2008

Il y a déjà 14 ans qu’a eu lieu le génocide au Rwanda. Et ceux qui ont vécu ce massacre ne veulent surtout pas qu’on oublie. À preuve, on a porté à l’écran cet horrible événement à plusieurs reprises. J’ai vu deux versions pour vous. Le premier «J’ai serré la main du diable», un film dur où l’humanité se montre sous son pire jour. Et le deuxième, «Larmes d’avril», une œuvre étonnante où l’amour du Christ triomphe de tout. À voir absolument!


Pendant qu’on remettait le Jutra-Meilleur acteur dans «J’ai serré la main du diable» à Roy Dupuis, on diffusait sur une autre chaîne, un film bouleversant et moins bien connu: «Larmes d’avril». De là, l’idée de comparer les deux productions.

Outre le sujet, elles ont plusieurs points en commun. Le tournage s’est déroulé sur les emplacements réels où des événements se sont véritablement produits. Dans les deux cas, on a impliqué des Rwandais, soit comme acteur, soit à la production technique. Mais là s’arrête la ressemblance.

Amertume amère!

«J’ai serré la main du diable», c’est d’abord le récit autobiographique des événements qu’a vécus le lieutenant-général Roméo Dallaire. J’ignore ce qu’il en est du livre, mais pour le film, je vous le dis tout de go, cœurs sensibles, vaut mieux s’abstenir: massacres, tueries, machettes, cadavres, sang. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on a su rendre l’horreur qui régnait durant cette période.

Malgré l’aversion qu’elle suscite, il faut reconnaître qu’il ne s’agit pas ici de violence «gratuite» à la Rambo. Il est clair que l’intention, c’est de tout simplement dénoncer. N’empêche qu’il est préférable d’avoir des nerfs d’acier pour supporter tout cela. Du réalisateur Roger Spottiswoode, avec Roy Dupuis dans le rôle du général Dallaire, ce drame historique nous entraîne dans une tension difficilement supportable. S’il en est ainsi pour le spectateur, on ose à peine imaginer les véritables acteurs du drame…

Dallaire avait été envoyé au Rwanda par l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour mettre en place la Mission d’assistance des Nations Unies pour le Rwanda, la MINUAR. Elle avait pour mandat de veiller au bon déroulement des accords de paix, visant à réconcilier les ethnies hutue et tutsie.

Le film, c’est la vision de Dallaire. En fait, ce qu’on voit des événements, ce sont des flash-back qu’il vit pendant qu’il essaie de se raconter à sa psychiatre.

Cet homme a été placé dans une situation intenable, entre la bureaucratie occidentale et des massacres d’innocentes victimes par centaine de milliers. Tout au long des événements, il a été frustré, empêché d’agir. Alors qu’il est formé pour lutter contre l’injustice, on lui retire tout: le droit d’intervenir, la majorité de ses ressources et finalement l’espoir.

Malgré une force et une assurance évidente au départ, il ne faut pas se surprendre de le voir s’effondrer devant tant de problèmes. Plein de désespoir, il va jusqu’à s’accuser de ne pas avoir agi. Jusqu’à regretter de ne pas avoir tué certains leaders quand il en avait la possibilité et d’avoir plutôt négocié avec eux. D’où le titre du film qui laisse entendre qu’il a fait un pacte avec le mal.

Malgré son sentiment de culpabilité, cette négociation a quand même sauvé plus de 30 000 Rwandais. Mais le général demeure amer et brisé. Horrifié de ce qu’est l’homme, de ce dont il est capable. Longtemps après la fin du film, le spectateur sera encore habité par l’angoisse qu’il provoque.

En résumé, dur, gros budget, très bien fait et bien joué. À voir si vous avez les reins solides. Rien à voir cependant avec l’autre version, une autre facette de cette tragédie.

L’amour qui vainc la haine

Dans «Larmes d’avril», même génocide, même horreur, même impuissance des casques bleus, même abandon de la communauté internationale. En cela, il n’y a pas de différence. Peut-il en être autrement? Il s’agit du même désastre… Par contre, on y a été plus sobrement pour l’exposition des massacres.

Ce film de Michael Caton-Jones, avec les comédiens John Hurt et Hugh Dancy, nous raconte ce qui s’est véritablement passé dans un autre secteur de la ville, mais avec des personnages fictifs. Le père Christopher, prêtre catholique missionnaire en Afrique depuis 30 ans et un jeune professeur, Joe Connor, genre bon garçon.

Quand le conflit éclate, l’enceinte de leur école, défendue par des troupes de l’ONU, devient l’asile de quelques milliers de Tutsis. Ils sont alors assiégés par des centaines de miliciens hutus qui scandent des menaces, chantent la guerre et brandissent des machettes ou des battes cloutées au bout de leurs bras. En attendant l’ordre d’évacuation, le désespoir et le manque de vivres accentuent la pression, déjà intolérable, que vivent les assiégés.

Encore une fois, plusieurs scènes sont difficiles à supporter. Mais ici, il y a un regard différent. Ici, il y a la question de la foi. «Dieu, aime-t-il tous les hommes de la même manière?», demandera Marie, une jeune étudiante tutsie. Ici, pendant qu’on extermine des innocents à l’extérieur de l’enceinte fragile, à l’intérieur, on enseigne le catéchisme aux jeunes Rwandais qui se préparent à leur première communion.

Le saviez-vous? Le 6 avril 1994, c’était le Mercredi Saint? Quelques jours seulement après avoir célébré la mort puis la résurrection du Christ… C’est donc quand même fortifiés par cette Pâques, que ces pauvres innocents ont vécu ce carnage.

Dans le premier film, c’est l’homme, seul avec son humanité. Mais dans celui-ci, c’est l’homme, tout attiré vers le salut du Christ, seul réel sauveur de la haine. C’est l’homme, en face de la mort, de l’amour et d’un sens à sa vie.

Les priorités des casques bleus ne sont évidemment pas les mêmes que celles du prêtre. Le titre original anglais est «Shooting dogs». Est-ce une allusion à cette scène où les soldats tirent sur des chiens sauvages qui causent des problèmes sanitaires, alors qu’ils doivent se retirer devant les attaques des bandes armées qui tuent des innocents?

Je ne veux pas en dire trop, de peur de révéler, de vous priver du suspens. Mais ce qui est sûr dans cette production, c’est que là où l’homme abandonne la lutte, le chrétien l’affronte avec courage. Là où l’impuissance humaine mène au dé­sespoir, la foi conserve l’espérance des affligés. Et là où l’injustice abonde, l’amour surabonde.

Chers lecteurs, les films chrétiens ne sont pas légions. Profitez-en! Celui-ci est d’une rare intensité et vaut la peine d’être vu.

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