La pratique indispensable à la compréhension de la Parole
Benoît XVI a mis un terme aux travaux du Synode des évêques sur «la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église» par un prêche sur l’amour de Dieu et du prochain. La Parole de Dieu doit être mise en pratique par le service aux autres, a-t-il enseigné en substance. La liturgie de clôture se déroulait le 26 octobre dernier après la réception par le pape des 55 propositions finales du synode.

Benoît XVI présente le livre des évangiles à la vénération des fidèles lors de la messe de clôture du 12e synode des évêques sur «la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église».
Photo CNS/Max Rossi, Reuters
Lors de la messe concélébrée dans la Basilique St-Pierre par plus de 250 évêques, le Pasteur de l’Église universelle a mis en relief une vérité fondamentale. À savoir que l’activité missionnaire de l’Église n’aboutira à rien si elle n’est pas nourrie par une lecture des Écritures dans le bon esprit.
Ceux qui croient comprendre l’Écriture Sainte mais ne parviennent pas à mettre en pratique ses enseignements les plus importants —en particulier, le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain— «démontrent qu’ils sont encore loin d’avoir saisi sa signification profonde». Car, a-t-il soutenu, il existe «une connexion singulière entre l’écoute de Dieu et le service désintéressé à ses frères et à ses soeurs».
La liturgie vaticane mettait fin à trois semaines intenses de discours, de discussions en petits groupes et d’élaboration des propositions par 253 membres votants du synode et quelque 50 autres observateurs et experts.
L’une des propositions les plus importantes du synode recommande d’améliorer le contenu scripturaire des homélies. Lors de la concélébration de clôture, on peut estimer que le pape a proposé un modèle à cet égard.
En partant du récit en Matthieu au sujet du commandement le plus grand, il a commencé par évoquer le contexte historique de la loi juive pour faire ressortir l’originalité de la proposition du Christ. Il a ensuite fait le rapprochement avec les lectures précédentes tirées du livre de l’Exode et d’une lettre de saint Paul pour souligner un point crucial: «Être disciples du Christ implique la mise en pratique de ses enseignements, qui sont résumés dans le premier et plus grand commandement de la loi divine, le commandement de l’amour».
Le pape a ensuite conclut que le synode avait aidé l’Église à mettre le phare sur l’importance des Écritures. Il a exhorté les participants à retourner chez eux et à lancer un programme de renouveau scripturaire dans leurs diocèses et paroisses.
Le pape a finalement exprimé sa déception du fait que les évêques de Chine n’ont pu obtenir de leur gouvernement la permission de participer au synode. Il a rendu hommage aux évêques chinois «en communion avec l’Église universelle» et fidèles «au Successeur de l’apôtre Pierre». Il les a assurés de la prière du synode.
Les propositions
Petite anecdote savoureuse. Durant le déjeuner avec les participants, lors de la dernière journée de travail du synode, le 25 octobre, Benoît XVI a blagué en faisant remarquer qu’il avait probablement violé les principes internationaux des droits humains en obligeant les Pères synodaux à travailler tard dans la nuit et les dimanches. «Nous allons voir comment améliorer cela lors du prochain synode», a-t-il promis.
Les propositions du synode, qui ont toutes été approuvées par une majorité écrasante, ont été présentées au pape en même temps qu’une invitation à préparer un document —conformément aux synodes précédents— sur les sujets soulevés durant le rassemblement.
La proposition 17 recommande que «le ministère du lectorat soit ouvert aux femmes, pour que leur rôle de dispensatrice de la Parole soit reconnu dans la communauté chrétienne». Présentement, les femmes agissent légitimement comme lectrices de l’Écriture
mais ne peuvent être installées officiellement dans ce ministère, traditionnellement réservé aux hommes.
On ne sait pas ce que le pape fera de cette proposition qui réclamerait une dérogation au Droit canon. D’après des sources vaticanes, si la proposition est acceptée, elle devrait mettre l’emphase sur le fait que ce ministère découle du baptême et non d’un lien avec l’ordination sacerdotale.
La nécessité de renforcer la perspective théologique en exégèse et en interprétation scripturaire a fait l’objet de quatre propositions synodales. Elles font écho à l’une des préoccupations explicites du pape concernant l’étude de l’Écriture Sainte, à l’effet qu’elle ne peut être réduite simplement à l’analyse historique des textes bibliques.
Dans ses propositions, le synode identifie plusieurs secteurs qui ont besoin de plus d’études et d’orientation. —La proposition 12 suggère que la Congrégation pour la doctrine de la foi clarifie «les concepts d’inspiration et de vérité dans la Bible» de manière à rendre plus compréhensible l’enseignement du Concile Vatican II sur la question.
—La proposition 15 réclame un «directoire homélitique» pour aider les prêtres à préparer les homélies. Un tel instrument devrait inclure les principes de l’homélitique et de l’art de la communication tout en présentant les thèmes bibliques récurrents des lectures liturgiques.
—La proposition 16 demande un examen du Lectionnaire romain (le livre des lectures scripturaires pour la messe) pour voir si «la sélection courante et l’ordre des lectures sont vraiment adéquatres en regard de la mission de l’Église à ce moment historique». Elle demande en particulier que l’Ancien Testament reçoive une plus grande attention dans le Lectionnaire. Autour d’une autre question liturgique, le synode suggère que des moments de silence soit plus universellement adoptés entre la première et la seconde lecture ainsi qu’à la fin de l’homélie.
Les Pères du synode ont de plus mis en garde contre la substitution des lectures bibliques par «des textes spirituels ou littéraires» qui, selon eux, «ne peuvent jamais atteindre la valeur et la richesse contenues dans la Sainte Écriture».
Le synode remercie les laïcs, en particulier les catéchistes, et les leaders de petites communautés, pour leur contribution à la formation scripturaire, particulièrement en l’absence de prêtres. Il assortissait toutefois cette appréciation d’une note de prudence en recommandant la formulation d’un «directoire de rituels» à l’usage des catéchistes pour assurer que là où ils animent des assemblées dominicales, ces célébrations «ne soient pas confondues aux liturgies eucharistiques».
La réflexion du synode autour de ce thème a été une occasion de prise de conscience du besoin de mieux comprendre le lien qui existe entre l’Écriture et l’évangélisation. L’appel à l’Évangile doit être «explicite». C’est-à-dire qu’il doit être fait «non seulement à l’intérieur de nos églises mais partout» et doit être accompagné par le témoignage quotidien de la foi.
L’activité missionnaire suscite souvent la persécution, soutient le synode. Et il lançait, aux autorités civiles, un appel au respect et à la protection de la liberté religieuse. La proposition 53 aborde la question du dialogue avec les musulmans sans toutefois mentionner spécifiquement les Écritures. Elle insiste plutôt sur «l’importance du respect de la vie, les droits des hommes et des femmes, et la distinction entre l’ordre socio-politique et l’ordre religieux dans la promotion de la justice et de la paix dans le monde».
La proposition 54 porte sur le thème de l’écologie, et réclame une plus grande emphase théologique et pastorale sur le lien entre les Écritures et les efforts courants pour sauvegarder le monde créé (source CNS).
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