Où l’on saisit l’importance de reconnaître sa petitesse
La soixantaine inspire souvent les gens à dresser un bilan de leur vie. Dans son dernier livre “La mémoire du coeur”(1), le responsable du “Foyer de la Charité”, à Sutton, retrace avec lucidité et humilité son cheminement humain et spirituel. Ah, qu’elle est courageuse la soixantaine du père André Daigneault!
l’auteur a su bien choisir son intervieweur. Hubert de Torcy est membre de la Communauté de l’Emmanuel et rédacteur en chef de la revue Il est vivant. L’intelligence de ses questions et sa finesse psychologique et spirituelle contribuent beaucoup à la clarté de ce livre.
Des récits de vocations m’émerveillent toujours par ce qu’ils révèlent l’action providentielle de Dieu. Les premiers chapitres du livre nous révèlent le long chemin du père Daigneault vers le sacerdoce, y compris sa conversion et l’amitié déterminante du père Henri Roy. Ce qu’il y a d’édifiant dans le récit du père Daigneault, c’est sa grande humanité. Nous sommes toujours en présence, non pas d’un héros, mais d’un être pleinement humain que Dieu a décidé de sanctifier. Son histoire, c’est un peu la nôtre, quand on y regarde de près, n’est-ce pas?
En lisant les pages brûlantes que l’auteur consacre au sacerdoce catholique, je me suis dit que cela valait vraiment la peine d’attendre si longtemps avant d’être ordonné. On sent que les grâces de l’onction sacramentelle et de l’imposition des mains débordent toujours chez lui.
J’ai beaucoup apprécié aussi les distinctions tellement importantes et nécessaires qu’il fait entre le sacerdoce baptismal et ministériel. Et que dire des chapitres qu’il consacre aux sacrements du Pardon et de l’Eucharistie? Tout simplement sublimes!
À l’instar de sainte Thérèse de Lisieux, le père Daigneault insiste beaucoup sur la petite voie qui conduit à la sainteté. Il souligne maintes fois l’importance de reconnaître sa petitesse, sa fragilité et son état de pécheur. L’intervieweur n’hésite pas à poser des questions difficiles. Par exemple, n’y a-t-il pas un risque de se résigner au péché et à toutes nos misères sous prétexte que c’est un chemin de sainteté? (p. 77)
La réponse du père est trop longue pour la reprendre ici mais l’Esprit nous accorde les grâces nécessaires pour reconnaître qu’il est impossible de vivre l’Évangile dans nos propres forces. Loin de se complaire dans notre péché, la grâce nous aide à rechercher, sans nous lasser, notre libération auprès de la miséricorde de notre Dieu.
Le père Daigneault est un homme d’espérance. Il se réjouit de l’éclosion de nouvelles communautés pour la nouvelle évangélisation sans toutefois fermer les yeux sur les défis qui les attendent. Il entrevoit un nouveau visage de prêtre de demain, un «homme au coeur transpercé, évangélisateur, adorateur et confesseur, un prêtre de miséricorde, un prêtre au coeur d’enfant» (p.106).
Il compte beaucoup aussi sur l’action des fidèles laïcs pour la transformation du monde. Cela constitue, après tout, notre mission spécifique, comme l’a précisé le dernier concile.
Le père Daigneault insiste beaucoup sur l’importance de la retraite fondamentale dans les Foyers de la Charité pour la nouvelle évangélisation de notre société déchristianisée. Cette retraite est une synthèse de la foi catholique, une sorte de petit catéchuménat axé sur les bases du Credo. Elle offre à toutes catégories de personnes: baptisées ou non, pratiquantes ou non, prêtres, religieuses ou laïcs, une redécouverte de la foi dans la lumière de l’Amour.
Ce livre courageux se termine avec 36 poèmes du père Daigneault, des poèmes d’une grande beauté, mais «simples et purs comme un ruisseau», comme le dit un chant bien connu. La mémoire du coeur a ranimé en moi le goût de la petite voie, celle qui conduit tout droit à l’amour miséricordieux de notre Sauveur.
Note:
1- La mémoire du coeur, 2007, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 219 pages, 29,95$
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