Mario Bard - AED

Encourageant Kenya, un an plus tard!

Montréal, 12 février 2009 - Le nouveau président américain, Barack Obama, est un homme qui conjugue le verbe « mondialiser » dans sa propre personne : naissance à Hawaï, d’une mère originaire du Kansas et d’un père provenant d’un petit village du Kenya, Kogelo, situé dans l’ouest du pays. Les projecteurs du monde entier y furent d’ailleurs braqués cette année pour montrer les réjouissances entourant l’investiture du premier président noir des États-Unis. Par contre, il y a plus d’un an, les médias étaient au Kenya pour une toute autre raison.

Le pays était entré dans le chaos après l’annonce des résultats électoraux, que d’aucuns qualifiaient de falsifiés ou encore, de « pas précis ». Des violences qui étaient, selon un rapport sorti en octobre dernier, prévisibles dès le mois de septembre 2007, trois mois avant les élections. « La réponse des services de sécurité n’a pas été à la hauteur du péril, connu de tous, plusieurs mois avant le jour du vote », indique d’ailleurs le rapport de la commission d’enquête menée par le juge kenyan Philip Waki, à laquelle participait également Kalume Kambale, un expert juridique de la République Démocratique du Congo et Alistair Mac Faden, policier à la retraite de la Nouvelle-Zélande.

Kenya : les violences postélectorales de 2008 : Missionnaires d'Afrique

Kenya : les violences postélectorales de 2008

Missionnaires d'Afrique

La violence était-elle voulue par le gouvernement en place? C’est la troublante conclusion à laquelle est arrivée cette commission (à l’automne 2008), qui révèle que des membres de la police locale ont été « entraînés et transportés en bus par le Parti de l’Union nationale, PNU », le parti au pouvoir dirigé par Mwai Kibaki. Les policiers auraient ensuite « semé la confusion le jour de l’élection dans diverses villes et participé aux affrontements. » (Source : Rue89.com)

Violences postélectorales au Kenya en 2008: l’aide se met en place : Missionnaires d'Afrique

Violences postélectorales au Kenya en 2008: l’aide se met en place

Missionnaires d'Afrique

La commission nomme même des responsables qui se trouvent encore aujourd’hui des hauts placés. Les noms des responsables restent secrets et sont entre les mains du négociateur en chef, Koffi Annan. C’est à lui que revient la responsabilité de les divulguer, dans moins de deux mois et demi, afin qu’ils soient poursuivis par la justice. Une situation redoutée puisqu’elle pourrait créer de nouvelles violences chez les partisans de ces responsables. Quoi faire? La question demeure entière.

[b]Une population qui perd ses illusions[/b]

« Cette crise a permis aux Kenyans de se redécouvrir eux-mêmes », indique en entrevue à l’Aide à l’Église en Détresse, plus d’un an après, le père Roger Tessier, Missionnaire d’Afrique qui est présent au Kenya depuis plus de 25 ans. Un témoin à qui nous avions d’ailleurs parlé lors des tragiques événements qui ont fait plus de 1500 morts et 300 000 personnes déplacées. « En même temps, les Kenyans ont redécouvert le pouvoir du peuple. » Un pouvoir « exprimé par les médias ». Selon le père Tessier, c’est cette pression « qui a forcé les négociateurs, avec Koffi Annan, à en arriver à une entente. Parce que sinon, on s’acheminait vers un renouveau des violences », explique-t-il.

En plus de se redécouvrir, les Kenyans n’ont pas eu le choix de laisser tomber l’illusion que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. « Jusqu’ici, on prétendait, comme beaucoup d’observateurs à l’extérieur, non seulement étranger mais aussi à l’intérieur du pays, que le pays était uni malgré la diversité des tribus et des classes sociales », dit le père Tessier. Reprenant l’avis même du Premier Ministre Raila Odinga, il estime que « cette façade a vraiment été brisée par cette crise postélectorale ». Finalement, « on s’est aperçu que le Kenya était au fond un pays divisé par les lignes ethniques et tribales. »

Les Églises et la réconciliation

« Je pense que la plupart des Églises ont fait des efforts sérieux », estime le père Tessier. Tout comme la société civile, souligne-t-il d’abord, en organisant des forums de réflexion sur la raison de ces violences, par le biais de lettres ouvertes dans les journaux et les magazines. Les paroisses ont aussi tenu des temps de réflexion. Des temps « intellectuels » sur le sujet. Le père Tessier estime d’ailleurs qu’il faudra aller plus loin : « Le problème, c’est que cette réflexion pénètre dans les cœurs et les esprits et influence l’agir des gens. Je ne suis pas certain qu’on est arrivé à ce stade-là ».

L’Église catholique s’est servie de la campagne de carême pour promouvoir les idées de justice, réconciliation, paix et vérité. À l’aide de 40 000 brochures, les gens ont pu, surtout dans les communautés de base, utiliser la bonne vieille méthode d’action chrétienne : « Voir, juger, agir ». Une série d’affiches a également servi à la réflexion sur la place publique. Les Jésuites du Centre Hakimani ont pour leur part publié deux brochures sur les processus de guérison. Leurs collègues du Collège Ekima ont imprimé 150 000 cartes, en anglais et en swahili, de la prière pour la paix de Saint-François d’Assise. « Et cette prière qui n’était pas bien connue a frappé beaucoup de gens, catholiques comme non catholiques. » Les gens ont prié avec ce classique mais, grâce à elle, ils ont « initié une réflexion sur le thème de la paix », révèle le père Tessier.

L’espoir réside dans la réconciliation : Missionnaires d'Afrique

L’espoir réside dans la réconciliation

Missionnaires d'Afrique

Enfin, les religieuses du Centre Imara pour la justice et la paix* ont « développé un thème qui leur est familier à leur manière : les femmes comme promotrices de la paix ». Quant à eux, les évêques catholiques demandent que les résolutions des diverses commissions soient réellement appliquées. « Il ne s’agit pas de faire un beau rapport dans un beau livre de 200 pages et on s’assied sur nos lauriers », insiste le père Tessier. D’ailleurs, le Parlement travaille présentement sur des projets de loi qui découlent de ces rapports.

L’Aide à l’Église en Détresse a supporté l’une des initiatives mises en place par les Missionnaires d’Afrique, « Heal the Healers », qu’on pourrait traduire par « Guérir les guérisseurs ». Un programme bâti tout d’abord pour l’Église soudanaise, particulièrement pour le personnel religieux et laïc, visant la guérison à la suite d’un stress d’ordre post-traumatique dans le cadre d’un conflit armé. Ainsi, les gens qui viennent en aide aux autres ne restent pas prisonniers de leurs propres peurs et peuvent, de nouveau, remplir leur responsabilité de soutien et d’aide. Les religieuses des écoles kényanes situées dans les régions les plus touchées par les violences ont reçu ce soutien. C’est le père d’origine allemande, docteur et Missionnaire d’Afrique, Ludwig Peschen, qui l’a mis sur pied.

*Instance de justice sociale de l’association des religieuses kényanes


Partager
Les contenus rédactionnels des blogues n’engagent que leurs auteurs.

Ajouter un commentaire


Votre nom complet :

Veuillez reproduire l'image suivante :

CAPTCHA

Votre commentaire :


Autres articles de ce rédacteur

Blogues

Irak : l’AED lance une neuvaine à Notre-Dame du Perpétuel Secours
Nigeria: quand les apparences sont trompeuses
La RDC ou le conflit d’un commerce à court terme
AED: Vues d’ailleurs pour finir l’année en beauté!
Vues d’ailleurs à Radio Ville-Marie: novembre au son du Mur tombé!
L’AED à Radio Ville-Marie. «Vues d’ailleurs» fait le point sur l’Église du monde!
Pakistan: quand une loi devient moyen d'oppression et de persécution
De Joliette à la Sibérie: quand la prière n’a pas de frontière
Sri Lanka : appel à l’aide!
Grippe porcine en Égypte: persécution déguisée en mesure sanitaire?
Un centre spirituel pour tous les Kosovars : la co-cathédrale Mère Teresa à Pristina
Encourageant Kenya, un an plus tard!
« Dieu parle à ses enfants » a trente ans!
Bande de Gaza : qui est coupable?
La persécution des chrétiens
Les martyrs de l'Afrique...
La Parole pour inspirer la foi, malgré la peur
Des nouvelles de l'Église en détresse
« On sortira de la violence en donnant des raisons d’espérer »
Un parfum d'Asie
Irak : chrétiens en détresse
Fatigue au pays des purs
Bulgarie: des petits pas vers l'avenir
Un mois africain

Revues

Kibeho, terre sainte du Rwanda, sol de la réconciliation
Kibeho, une colline pour chasser la haine
Cuba: coup d’envoi pour les fêtes du 400e du sanctuaire national

Actualités

Pakistan: L’Église contribue sans relâche aux secours
L'espoir de Pâques
Haïti: terrassée, mais non vaincue!
Haïti: L'humain avant tout
Haïti: L'AED soutient 200 séminaristes qui n'ont plus rien
Haïti: « Restez solidaires avec nous! »
AED: un montant de 70 000 $US pour soutenir Haïti
"Nous manquons de tout"
L’AED soutient les efforts d’urgence et de reconstruction
Ouvriers pastoraux tués en 2009
«Le levain dans la pâte»
« Holocauste silencieux »
Pakistan: Amour interdit se terminant en tragédie
Des enfants du monde entier prient pour la paix
Irak: De nouvelles attaques contre les chrétiens
Irak: Quand la Parole de Dieu prend le dessus sur « l’état d’occupation »
La terre, bien vital qui ne peut être commercialisé
Former pour guérir et « libérer la paix »
La terre, bien vital qui ne peut être commercialisé
Sri Lanka: « Plus personne, plus de paroisse, plus de prêtre et plus d’église »
Bolivie: la violence contre l’Église augmente
Or, exploitation et désastre pour la population
La Terre Sainte avant la visite du Pape
Soudan : un évêque soudanais réagit au mandat d’arrêt international émis contre le président al-Bashir
Afrique: ne jamais désespérer
Malgré la crise, plus actifs que jamais
Haïti: Nourrir l'espérance avec la Parole
Le dialogue est la seule solution
Génocide?
Les chrétiens de Jolo vivent toujours dans la peur
Solidaires de leurs frères en formation
L’Inde va-t-elle se ré-enflammer?
Reconstruire malgré la violence et l'intimidation
Irak : toujours regarder du côté lumineux
De l’aide pour les Carmélites de Montevideo
Le jeûne s’est terminé avec un nouvel espoir
La naissance difficile de Sinyangwe M. Justin
« Arrêtez les bombes »
Profonde déception dans l’Orissa
L’AED envoie de l’aide dans la bande de Gaza
Irak : des offrandes de Noël qui apportent joie et réconfort!
Cuba : une nouvelle raison de se réjouir!
La liberté religieuse et persécution chrétienne
Russie : le Patriarcat de Moscou remercie l’Aide à l’Église en Détresse
Zimbabwe: L'Église, une aide vitale
Russie : le Patriarcat de Moscou remercie l’Aide à l’Église en Détresse
Appel à Barack Obama
Meurtres de deux sœurs chrétiennes à Mossoul
Impression de déjà vu…
Aide d'urgence
Irak : trop peu trop tard?
Irak : l’AED envoie de l’aide d’urgence
Le radicalisme hindou augmente au Népal
L’Aide à l’Église en Détresse a un nouveau président
« Pensez à la façon dont le monde changerait si un million d’enfants priait le Rosaire! »
L’Aide à l’Église en Détresse appelle à prier pour les chrétiens en Inde
Inde : des huttes de bambou aux abus de drogues
Miracle de la Mère de Dieu de Kazan, à Kazan !
Ouganda: réapprendre à vivre
Inde: des violences «cruelles et dépravées»
Irak: la situation continue à se dégrader pour les chrétiens
Pakistan : «Peu importe qui est au pouvoir»
Croire aux petits pas, vers la liberté
Évêque sri lankais: «Aider les réfugiés de la guerre»
Le cadeau du pape pour le lancement d’une mission historique
Les chrétiens chinois : des racines bien ancrées
Prier Notre-Dame de Chine
Chine: éveil spirituel
De l’histoire ancienne en Chine!
Chasse aux prêtres et aux opposants au régime
Une oeuvre qui travaille en vue de l’unité !


Le référenceur des

meilleurs sites catholiques francophones