Relativisme 101 Paul-André Deschesnes
À la fin du mois de novembre 2009, j’ai reçu un feuillet publicitaire m’invitant à acheter un livre intitulé, « Dissidence, Résistance et Communion en Église », qui vient d’être publié par les Éditions Novalis.
Cet ouvrage de 162 pages a été écrit sous la direction d’Yvon Métras, directeur de l’édition chez Novalis. Les auteurs sont Alain Ambeault CSV, ancien président de la Conférence religieuse canadienne et les théologiens et théologiennes Lise Baron-Dansereau, Yvonne Bergeron, Lucien Lemieux et Marco Veilleux. J’ai lu à deux reprises ce bouquin.
Comme le souligne, d’entrée de jeu, Yvon Métras dans l’introduction, « l’opposition ecclésiale » doit détenir la balance du pouvoir dans l’Église catholique. Les prises de position dissidente doivent faire avancer et évoluer la pensée du Magistère. La résistance envers le discours officiel doit « permettre la mise en œuvre d’un discours prophétique » (p.10).
Aux yeux de nos auteurs, la dissidence n’a rien de schismatique ; c’est tout simplement une connotation de désaccord clair et net face aux Magistères théologique et pastoral. Déjà, à la suite du Concile Vatican I, certains théologiens ont regimbé avec raison face au décret de l’infaillibilité pontificale. Au Concile Vatican II, « le texte Lumen Gentium demeure obscur et insatisfaisant » et contrairement « aux répétiteurs de la doctrine officielle sur la soumission religieuse », nos théologiens affirment haut et fort que « les mots soumission religieuse de la volonté et de l’intelligence laissent place à la dissidence » (p.18-19).
Voilà ! Le ton étant donné, on passe à la moulinette la terrible et inacceptable encyclique Humanae Vitae tout en félicitant les évêques et prêtres qui ont laissé les fidèles suivre leur conscience individuelle plutôt que de suivre les « ordres » du Pape. C’est en résistant que l’on permettra à l’Église de faire des changements constructifs pour son plus grand bien. Le « sensus fidelium » doit triompher. Malheureusement depuis 1985, les auteurs se disent très choqués de voir « l‘Église catholique romaine passer par une phase de restauration, c’est-à-dire un retour au passé ancien » (p.29-30).
Assez, c’est assez! Avec Jean-Paul II et Benoît XVI, les synodes romains sont devenus « des goulots d’étranglement » (p.31). Pour respirer, les dissidents ont besoin de se débarrasser de l’emprise du Vatican et de choisir eux-mêmes des évêques à leur goût (p.31-32). Le temps de la censure et de l’inquisition est terminé. La nouvelle théologie doit venir « de la réflexion provenant de l’expérience du peuple de Dieu ». (p.34) Et il ne faut pas avoir peur de remettre presque tout en question. « Quand modifiera-t-on le Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, expression à laquelle adhèrent, selon un sondage de 2004, seulement 6% de la population québécoise ? » (p.38).
Avec nos dissidents, il paraît que l’Esprit souffle très fort pour faire le grand ménage de la structure ecclésiastique où règnent l’intégrisme, le conservatisme et les abus de pouvoir.
Pourquoi parler de résistance?
Nos auteurs nous informent que « L’Église est en procès »... qu’elle subit actuellement « une perte vertigineuse de crédibilité »... et qu’au Québec nous sommes en « pleine révolution ». (p.47) Le peuple de Dieu étouffe et les femmes en ont ras le bol ! La maison se vide parce que l’Église refuse de s’adapter aux requêtes du monde moderne étant devenue « antimoderne ». (p.49)
L’Église nous aliène... Il faut résister, affirment les auteurs. Mais pour nos théologiens postmodernes, résister ne veut pas dire rejeter; ils annoncent qu’ils vont « inventer l’avenir » (p.53) sur la base « d’une obéissance nouvelle aux appels du monde d’aujourd’hui ». (p.53) Il faut voir cette résistance comme « une référence biblique inéluctable... suscitée par Dieu lui-même ». (p.58) Ils osent même se comparer à Jésus, à Moïse et aux prophètes qui n’ont pas eu peur de résister et de dénoncer les autorités, en désaccord avec l’idéologie de la religion officielle qu’ils ont fait trembler. Pour eux, il faut que l’Église « prenne exemple sur le fonctionnement de nos sociétés démocratiques contemporaines ». (p.72) Il est urgent de « faire preuve d’audace prophétique au niveau dogmatique et liturgique au niveau de ses lois et de son code ». (p.77)
Et on se pose même la question : « Avons-nous vraiment besoin d’une institution pour rencontrer Dieu ? » (p.77) « Face aux positions idéologiquement rétrogrades de l’Église... il faut rappeler au Magistère romain qu’il y a plusieurs interprétations de la vérité chrétienne » (p.82)... et saluer le courage de grands résistants, comme Jacques Gaillot, Küng, Drewerman, Boff, Schillebeekx, Ivone Gebara, Teresa Kane et Joan Chittister qui, aux yeux de nos auteurs, sont de très grands amis de l’Évangile et du Christ. (p.83) Alors dans ce contexte, François et Claire d’Assise, Thérèse d’Avila et Thérèse de Lisieux qui se sont opposés aux autorités de l’Église de leur temps, seraient sûrement aux premières loges de la résistance et de la dissidence s’ils vivaient aujourd’hui ! (p.83)
Nos dissidents vouent une grande admiration pour André Naud qui parlait en 1987 « du mal catholique », pour Christian Duquoc qui en 1999 dénonçait « la violence institutionnelle du Vatican » et pour Gérald Arbuckle qui en 2000 attaquait « la corruption du pouvoir ».
la grande mafia religieuse se trouverait donc à Rome!!!
Dans cet ouvrage, on dit compter beaucoup sur les féministes pour manifester publiquement une dissidence collective et une rébellion ecclésiale face aux autorités romaines. Elles n’ont plus le choix ; elles doivent recourir à la force, car l’Église « leur fait violence ». (p.93) « La liberté de parole dans l’Église doit devenir un espace à occuper », affirme Alain Ambeault CSV. (p.97) Avec le Forum André-Naud, il faut parler fort sur la place publique. « L’être humain ayant sans cesse à se repositionner... la fidélité ne se présente plus sous l’angle de la persistance dans un choix..., mais plutôt dans un processus continuel de questionnement ». (p.106) Alors, l’Église doit s’adapter continuellement à la réalité de vie actuelle. Il faut se libérer de « l’époque souffrante de la grande noirceur ». (p.109) Aujourd’hui, les vérités ex-cathédra se sont métamorphosées en « moi je crois que...». (p.110) L’Église n’a pas à vouloir changer le monde; elle doit le rencontrer, l’aimer tel qu’il est et surtout ne pas le condamner.
Mais rome fait tout le contraire!
Et avec Grégory Baum, (Relations, septembre 2005) il faut affirmer que « notre dissidence est responsable... On suit l’enseignement du Magistère, sans en être intimement convaincu. Selon St-Thomas, lorsqu’on est de bonne foi, il faut toujours suivre sa propre conscience, même si cette dernière est erronée... et la dissidence peut être l’œuvre de l’Esprit saint ». (p.114)
L’Église s’étant retirée du monde, elle a perdu sa crédibilité en heurtant de plein fouet avec ses discours officiels et moyenâgeux les consensus sociaux du monde moderne. Et Alain Ambeault implore les évêques du Québec d’arrêter d’être « des relais de transmission de ce qui vient de Rome » en préférant la solidarité avec les fidèles de la base plutôt que la solidarité papale. (p.128-129)
« La primauté de l'Église locale » d'abord et avant tout affirme le théologien Marco Veilleux
Il faut s’adapter aux mentalités et aux institutions du Québec. « Nous vivons, dit-il, une expérience d’appauvrissement ecclésiale » à cause du « contrôle et du centralisme romains ». (p.142-143) Si tout va mal (chute des vocations, vieillissement des croyants, gestion de la décroissance, nomination des évêques) c’est en grande partie la faute de Rome qui nous impose « des blocages institutionnels ». (p.144) « Notre catholicisme craque de partout » (p.145) se lamente Marco Veilleux. « Ce sera bientôt l’implosion ». (p.146) Nous vivons dans « un champ de ruines » (p.147) ajoute-t-il en dénonçant les positions officielles de l’Église minées de toutes parts et en proclamant que « la dissidence doit s’étayer sur la pierre d’assise qu’est le baptême ». (p.150) Il faut donc, se mettre à l’écoute du peuple de Dieu plutôt que d’écouter les messages dépassés de l’orthodoxie sécurisante.
Pour nos auteurs, le temps d’une autorité centralisée défendue par des « matamores » (p.159) est maintenant terminé. La Révolution tranquille nous a délivrés d’un passé religieux pas très glorieux. Ceux et celles qui se rangent du côté de Rome font preuve d’un aveuglement aberrant et pathétique.
Que peut-on conclure?
La dissidence et la résistance telles qu’exprimées dans ce livre ne sont pas acceptables, même si les auteurs essaient très habilement de nous faire accroire qu’ils sont toujours en communion avec l’Église. Ne serions-nous pas devant un schisme rampant et d’une ligne de fracture qui apparaissent au grand jour ?
Tout n’est pas noir dans notre Église locale. Les nouvelles communautés où les vocations abondent n’ont pas peur de proclamer leur fidélité au Magistère.
Malheureusement, nous sommes en face de théologiens, de prêtres et de fidèles qui ont décidé librement de s’affranchir de l’enseignement officiel de l’Église et de constituer parallèlement une autre manière de faire Église tout en réclamant de rester à l’intérieur de l’Église romaine pour mieux imposer leurs nouvelles positions doctrinales et pastorales.
Cette Église parallèle est très active surtout dans notre Québec francophone avec la bénédiction silencieuse des autorités ecclésiastiques qui ne veulent absolument pas faire de vagues. C’est très évident: les dissidents ont comme objectif de mettre à genoux le Magistère. Rome n’a plus aucune crédibilité; pour eux, le débat est clos!
Que vont-ils faire?
Ils ont décidé de faire Église à leur manière en accord avec les enseignements du monde moderne. Et si Rome ne se plie pas à leurs ultimatums, ils continueront de s’autoproclamer excellents catholiques romains et dissidents, mais toujours en communion avec l’Église officielle. Cette démarche m’apparaît complètement tordue. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux. Il y a des choix à faire. Il faut cependant avoir le courage de ses opinions et poser les gestes qui s’imposent, sinon on reste dans une ambiguïté qui n’a plus aucun sens.
Ce bouquin aurait dû être intitulé: Le relativisme doit triompher.
Les contenus rédactionnels des blogues n’engagent que leurs auteurs. Vos commentairesJ'y suis, j'y reste et ce n'est pas vous qui allez me dire si je suis un vrai catholique!par Marco Veilleux à 2010-01-11 10:20:28
Auteur de ce livre qui vous a visiblement «passionné» pour l'avoir lu deux fois, je n'ai qu'une chose à vous dire, Monsieur: je suis un baptisé, je suis membre à part entière de l'Église catholique romaine, j'y exerce ma liberté de parole et de discernement - ne vous en déplaise - et personne ne viendra me dire que je ne suis pas en communion avec l'Église parce que j'exprime ma dissidence avec certaines positions du Magistère. Que ça vous plaise ou non, je suis de cette Église, je le suis avec la même légitimité que vous, et ce n'est pas vous qui allez me dire si je suis ou non un «vrai» catholique! À bon entendeur salut!Réponse à M. Marco Veilleuxpar Paul-André Deschesnes à 2010-01-13 10:29:39
Loin de moi l'idée de vous juger à savoir si vous êtes vraiment un bon et un vrai catholique. Le débat se situe à un autre niveau. Depuis quelques années au Québec, certains prêtres, théologiens et laïcs ont décidé de mener un dur combat contre le Magistère et Notre St-Père le Pape pour provoquer de l'intérieur, une réforme dite majeure.
Pour eux, il n'est pas question de changer la couleur des vêtements liturgiques, ni de modifier l'heure des messes, mais bien de porter le grand coup, c'est-à-dire, changer le Credo, modifier les dogmes, la morale, la doctrine et les commandements de Dieu, réinterpréter l'Écriture, réécrire la Bible, etc. Il faut dépoussiérer l'Église, répète-t-on ici et là!
Je pourrais facilement vous citer une quinzaine de remises en question fondamentales qui vont de la négation du péché originel, du purgatoire, de l'enfer et de la Présence réelle dans le Saint Sacrifice de la messe jusqu'à la promotion du mariage gai.
Dans ce contexte la grande question n'est plus de savoir si on est oui ou non un bon catholique, mais bien de se demander jusqu'à quel point on peut être en Communion avec l'Église quand on est aussi dissident et aussi résistant.
On crie un peu partout qu'il faut adapter l'Église au monde moderne. D'autres affirment que chacun doit suivre sa conscience personnelle et qu'il n'y a plus lieu d'avoir d'autre autorité morale que la sienne. Et toutes ces personnes s'autoproclament à l'unisson en Communion avec l'Église de Rome.
Dans ce débat, J'aimerais bien avoir l'éclairage de l'autorité ecclésiastique locale (évêques, cardinaux, nonce apostolique, etc.)
Même si nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde, le débat reste ouvert.
Merci de votre opinion.Nos vérités sont-elles pertinentes?par Marco Veilleux à 2010-01-13 15:29:19
Pour moi, il ne s'agit pas de se proclamer «pour» ou «contre» certaines vérités proclamées par le Magistère romain. Il s'agit plutôt de savoir si ces vérités sont «pertinentes» et si la manière de les annoncer construit ou non le Corps du Christ. Or, en tant que baptisés, j'ai l'intime conviction que nous devons interpeller les autorités de l'Église lorsque cette pertinence semble ignorée et lorsque la parole et l'action du Magistère divisent le Corps du Christ au lieu de l'édifier - ce qui arrive malheureusement trop souvent.
Même si nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde, nous sommes de la même Église, nous sommes membres de ce Corps: le dialogue devrait rester ouvert.J'y suis, j'y reste... Mais pourquoi?par Ghislain Lebel à 2010-01-31 13:43:48
M. Veilleux,
J’y suis j’y reste… telle est la devise de plusieurs, provenant pour la plupart d’une certaine élite catholique. Mais pourquoi?
Vous remettez en question la plupart des dogmes promus par l’Église et même la nécessité du magistère. Vous dites que les papes aliènent les fidèles dont vous faites partie…
Personne ne vous oblige à demeurer catholique. Pourquoi? Si vous n’êtes plus en communion avec l’enseignement bimillénaire de l’Église (car les vérités que vous remettez en question remontent à loin, certaines au tout début), pourquoi demeurer catholique? Qui ferait partie d’un groupe avec lequel il ne partage pas les valeurs de base; je me vois mal faire partie de la wicca afin de pouvoir en changer les fondements…Ce n’est pas moi qui dit « vous n’êtes pas membre de l’Église », c’est vous qui vous sortez de la communion du Corps du Christ par votre refus du « Je crois en Dieu». Il y a des groupes protestant qui se rapprochent de bien des choses que vous mettez de l’avant, pourquoi ne pas aller travailler positivement avec eux; vous seriez vraiment davantage en communion.
Vous voulez dialoguer, mais on ne dialogue pas sur la vérité… Ce n’est pas parce que je crois que quelque chose est vrai que cela est! Le Christ est vraiment ressuscité ou il est mort et enterré… c’est un ou l’autre, j’y adhère ou non et cela a des répercussions sur toute ma vie.
Vous ne dialoguez pas, vous condamnez, et vous condamnez superficiellement… Vous dites que c’est à cause du magistère de Rome que les églises sont vides, mais comment pouvez vous affirmer une chose pareille? Qui peux se vanter d’avoir attiré autant de jeunes que Jean-Paul II? Les communautés qui sont vivantes, pleines de jeunes et de familles ne sont elles pas joyeusement fidèles à l’enseignement de l’Église? Mais ne voyez-vous pas que l’Église est en train de refleurir fouettée par l’envoie en mission de Jean-paul II et l’enseignement prophétique de Benoît XI?
Vous condamnez, mais votre discours se condamne lui-même… Vous voulez être obéissant aux appels du monde!!! Je devrais obéir au monde et à ses valeurs? Le Christ est clair sur les choix à faire entre Lui et le monde. Il ne nous demande pas d’être la pâte, mais le levain dans la pâte…
Non, votre dissidence ne viendra pas changer la face de l’Église. Elle n’est pas ancrée ni dans la vérité, ni dans l’amour. La vérité est limpide et douce, elle touche le cœur car elle répond à nos aspirations les plus profondes. Le signe de l’amour est l’unité, car l’amour est la source de l’unité. De cela votre discours n’en répond pas, il divise et trouble le peuple de Dieu. Oui, l’Église a encore à approfondir le mystère du Christ afin de redevenir prophétique de la base au sommet, mais le signe qui vous sera donné sera celui de l’amour, car vous verrez un peuple de Dieu uni, qui criera au monde la vérité et l’espérance qui nous viens du Christ, seule réponse aux aspirations de toute l’humanité.
Comme tentative de réponse, un texte publié dans Le Devoirpar Marco Veilleux à 2010-02-02 16:07:25
Pourquoi je n’apostasie pas
Pour plusieurs catholiques dont je suis, les temps présents sont pénibles et tissés de douloureuses remises en question. Ce malaise trouve son origine dans la récente succession de controverses suscitées par de graves manques de jugement pastoral de la part de certains dirigeants de notre Église.
Sous les feux croisés de l’actualité, dans la profondeur intime de la conscience de quelques-uns et quelques-unes d’entre nous, se joue donc un véritable drame : celui de ne plus reconnaître notre foi, notre espérance et notre charité dans une certaine figure « médiatique » de l’Église. La tentation de déserter, de filer en douce ou avec fracas, peut alors devenir forte.
Dans ce contexte, certains ont choisi d’apostasier leur baptême. Je respecte et peux comprendre cette option. Elle n’est toutefois pas la mienne, ni celle de nombreux autres catholiques. En effet, si nous continuons à revendiquer notre appartenance au catholicisme, malgré notre désaccord profond avec certaines des prises de position de ses dirigeants, c’est que depuis le concile Vatican II, nous avons pris au sérieux l’affirmation voulant que l’Église, c’est nous! Avant le pape, les cardinaux et les évêques, l’Église, c’est l’ensemble des baptisés, ce Peuple de Dieu en marche dans l’histoire. À la suite de ce même concile, nous sommes intimement convaincus que les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes et des femmes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux et celles qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et qu’il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans notre cœur.
Certes, plusieurs ne comprendront jamais cette volonté indéfectible de demeurer dans l’Église catholique. Ils nous jugeront irresponsables, naïfs ou carrément aliénés... Je n’ai rien de mieux à leur rétorquer que ces propos tenus, en 1993, par Mgr Robert Lebel, à l’occasion des funérailles de Simonne Monet-Chartrand (cette grande militante féministe québécoise, profondément chrétienne tout en étant profondément critique de l’institution catholique) : « Les croyants qui sont d’un incroyable sens critique envers l’Église, et inébranlables dans leur appartenance à cette même Église, sont les témoins dont elle a besoin pour progresser. Ces témoins sont d’autant plus efficaces qu’ils sont de l’intérieur. Ils sont de l’Église, ils sont l’Église qui s’autocritique pour replacer sans cesse sa double fidélité au Christ et au monde dans lequel il s’est incarné. »
Voilà le défi qui se pose aujourd’hui à un bon nombre de catholiques : conjuguer, dans une tension féconde et jamais résolue, un incroyable sens critique envers l’Église et une inébranlable appartenance à cette même Église. Une telle position est dérangeante et inconfortable, mal vue autant à « gauche » qu’à « droite », si ce n’est bêtement ridiculisée… Elle ébranle, en effet, la conception simpliste de l’Église qui réduit trop facilement cette dernière aux discours et aux pratiques de ses autorités officielles. Elle oblige à tenir compte du pluralisme qui traverse et dynamise l’institution ecclésiale, de même que de la grande diversité des engagements et des solidarités qui caractérisent ses membres.
Oui, je le confesse : il m’est impossible de quitter l’Église catholique depuis ce moment où j’ai saisi qu’au-delà de ses nécessaires – mais souvent défaillantes – structures visibles, elle est, pour moi, une « terre natale ». Lieu où j’ai été plongé dans la mort et la résurrection du Christ; lieu qui m’a vu naître à l’Évangile; lieu où l’Esprit m’appelle continuellement à la liberté du Royaume. Mémoire vivante de tout un peuple, le mien, cette Église est mon héritage inaliénable de baptisé. L’espace à partir duquel j’essaie, avec d’autres, de bâtir une société meilleure et où, comme nous l’affirmons à la fin du Symbole de Nicée-Constantinople, j’attends la vie du monde à venir.
Lorsque la tentation de la rupture devient forte, je m’attache à ces vérités fondamentales. Je me souviens alors de ma responsabilité, de mon devoir et de mon droit de vivre, de parler et d’agir en cette Église qui est la mienne. Une Église à l’intérieur de laquelle, à l’image de la maison du Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure (cf. Jean 14, 2). Voilà pourquoi, malgré tout, je n’apostasie pas.
(publié dans Le Devoir du jeudi 2 avril 2009 en p. A6)
*L’auteur a dirigé l’ouvrage « Transmettre le flambeau – Conversations entre les générations dans l’Église » (Fides, 2008).
Ce que je pense, tout simplement...par Daniel Froment à 2010-07-16 21:42:00
J'aime beaucoup l'intervention de M.Deschênes et Lebel. Cela dit, je vais dire comme notre prophète québécois Léandre Lachance: 'quand une personne met beaucoup de réserves sur le Pape, je mets beaucoup de réserve sur ce qu'il croit et énonce'Autre petit commentairepar Daniel Froment à 2010-07-16 22:04:39
Avec la nomination du cardinal Ouellet à la commission des évêques au Vatican, il y a bien des fidèles, des théologiens et des prêtres, des évêques et des cardinaux qui naviguent 'à la sauce du modernisme' qui risquent de trouver la 'pilule' très amère! Prions pour cette Eglise qui a mal! (Jésus a mal de voir tous les soi-disants bien pensants qui diluent et faussent sa pensée véhiculée depuis deux millénaires par la Tradition). Mon opinion est que cette 'pensée moderne' qui cherche à se séparer du magistère de l'Eglise formera une Église shismatique en contradiction avec Rome et on répétera dans les églises que c'est la Vraie Eglise fondée par le Christ. La fumée de Satan a infiltré notre Eglise, suivons notre bon Pape, malgré la croix que nous aurons à porter!!! |
Autres articles de ce rédacteur
Blogues | | Défense d'entrer | | Doit-on s'ajuster? | | Pourquoi faire baptiser son enfant? | | Dissidents, les catholiques du Québec? | | L'avortement au Québec: sois "pour" ou tais-toi! | | Une laïcité du déni | | Judas, l'autre disciple | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (11) - Hans Küng, un maître à penser? | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (10) - Vers un compromis | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (9) - La grande confrontation | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (8) - Les trois papes | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (7) - Le bon monde et la méchante hiérarchie | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (6) - « Être chrétien » | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (5) - L’interminable débat | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (4) - Les voyages | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (3) - La guerre est ouverte | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (2) - Provocations romaines | | Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (1) - 731 pages de mémoires | | Existe-t-il encore? | | Dans le dossier de l'enfant à naître: qui manipule qui? | | Le québec paiera pour la procréation assistée | | Accomodements raisonnables obligent | | S'adresser au secrétariat pour prendre rendez-vous. | | Vendre son âme | | Papabili | | Vivre dans la dignité | | Le président de Gai Écoute prononce une homélie à l'Église Saint-Pierre-Apôtre - Pastorale postmoderne | | Crucifiez-le! | | Lettre ouverte à Sylvain Charron, La Victoire de l'Amour (TVA) | | L'EUTHANASIE À FOND DE TRAIN | | Où diable est donc passé Satan? | | Quand les églises se remplissent | | Heureux avec Dieu | | Relativisme 101 | | L'endoctrinement | | Paroles de sages | | Bébés pollueurs | | Le rouleau compresseur de la mort | | Le Pape ouvre la porte aux Anglicans | | Faut-il tuer mémère? | | Quand on dénature Vatican II | | Les familles postmodernes | | La dictature du relativisme | | Le Québec Égoïste | | Catholiques! Où est passée notre fierté? L’esprit du monde ou l’Esprit de Dieu? | | Le schisme de la hiérarchie | | Une crise se prépare | | Bientôt l'euthanasie | | Un cours athée | | La Présence Réelle | | Vente des églises | | Un saint est né | | Retour sur le Congrès eucharistique de juin 2008 | | Un meurtre épouvantable ( 1 / 2 ) | | Hommages au meurtrier ( 2 / 2 ) | | Quel autre discours? | | Le Christ est-il ressuscité? | | La révolte | | Utiliser les enfants | | La rébellion sacerdotale | | Seul dans la foule | | Ésotérisme hystérique |
|