Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (1) - 731 pages de mémoires
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
"Jésus prit la parole et dit: Je te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et que tu les as révélées aux tout petits". (Matthieu, II, 25)
"Que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu". (1Corinthiens 2, 5)
Hans Küng vient de publier le Tome II de ses Mémoires qui s’étend de 1968 à 1981. Cette brique de 731 pages est disponible au Québec depuis décembre 2010. Édité conjointement par Novalis, Montréal et Les Éditions du Cerf, Paris, ce livre ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. Avec en sous-titre "Une Vérité contestée", Küng nous annonce froidement dès le début que son Église l’a malicieusement maltraité et que le Vatican lui aurait fait subir les pires injustices.
Ce prêtre et théologien très contestataire et très populaire raconte son histoire hyper-mouvementée dans un style flamboyant où le spectaculaire prend souvent beaucoup trop de place. Trois best-sellers, "Infaillible? Une interpellation" (1970), "Être chrétien" (1974) et "Dieu existe-t-il" (1981) ont fait de lui une vedette sur la scène mondiale. Professeur de dogmatique et de théologie œcuménique à la faculté catholique de l’université de Tübingen en Allemagne, il a passé ces treize années (1968-1981) à enseigner, à écrire, à voyager autour du monde et à en découdre avec les Papes, le Magistère et la Curie romaine. Voilà ce qu’il nous raconte dans les moindres détails avec une passion qui frise souvent l’hystérie.
Dans son prologue Hans Küng s’en prend à Ratzinger, lui aussi professeur à Tübingen pour nous annoncer qu’il ne veut rien savoir d’une Église hiérarchique, centralisée et coupée du monde. Les chemins suivis par nos deux personnages ont été parallèles, l’un partisan du conformisme et de l’autorité romaine, l’autre se battant pour la liberté et la Vérité (la sienne).
Pour Hans Küng, Ratzinger a toujours été un prêtre traditionnel admirant la hiérarchie figée du Vatican. Impressionné pendant quelques années par De Lubac, Congar et Rahner, il préfère la Pastorale moderne et la critique biblique historique. Pour lui, le Vatican regorge d’incompétents que l’on retrouve à la Grégorienne qui ont peur de corriger et d’interpréter le dogme de façon libérale (p.17).
La théologie de Ratzinger se contentait d’une critique biblique historique dans les étroites limites du Magistère. Celui-ci "est resté toute sa vie, dit-il, attaché à l’atmosphère bavaroise, tandis que moi j’ai respiré l’air du vaste monde" (p.19). Alors, les points de friction et de divergence étaient très nombreux concernant les dogmes, la liturgie, la hiérarchie, l’exégèse biblique, la révélation, la pastorale et l’œcuménisme.

