Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (5) - L’interminable débat
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
Vatican I continue de hanter notre rebelle triomphant qui accuse l'Église d'avoir été "cimentée par l'absolutisme romain, la Primauté du Pape et la ridicule infaillibilité" (p.328). Alors s'enclenche un très long débat avec Rome, où Küng n'a qu'une idée en tête: "sous le signe de la raison et de l'Évangile", mais surtout pas "sous le signe du dogme, du catéchisme et de l'autorité", il prétend vouloir "dialoguer" avec Rome pour faire passer ses idées. Il affirme dans ses livres sur l'infaillibilité que l'Église peut se tromper (p.333) et qu'elle n'a surtout pas le monopole de la Vérité (p.332). Il égratigne au passage "la supposée assistance de l'Esprit Saint" (p.334) et proclame que "l'infaillibilité constitue le plus grand obstacle au mouvement œcuménique" (p.335). Il exige la "reconnaissance mutuelle des ministères d'Église" (protestant, anglican, orthodoxe) et leur reconnaissance sacramentelle (p.341-342), pendant que les accusations d'hérésie se multiplient contre lui. Il va même jusqu'à remettre en question (p.345) le "caractère sacramentel, ce prétendu signe spirituel de l'ordination sacerdotale", pour les prêtres consacrés; ce serait "une invention (sic) de la doctrine latine d'Augustin", ajoutant que la "prétention de l'Église catholique romaine d'être la seule Église de Jésus-Christ, est une prétention monopolistique" (p.346).
Capituler?
Dans un long chapitre, Hans Küng tente d'expliquer comment on aurait voulu le faire capituler. Même son ami le cardinal Suenens, qui l'a souvent défendu, n'aurait pas su résister face à la Curie. Il en est résulté à ses yeux un cardinal "domestiqué" ayant "capitulé devant Rome". Il l'accuse alors de s'être réfugié dans le "charismatisme et la mariolâtrie" (p.353), des mouvements conservateurs qui ont selon lui "la bénédiction du Pape et de l'Opus Dei" (p.356).
Küng est révolté de voir que l'Église a toujours raison. La guerre continue de plus belle avec la Congrégation de la foi concernant ses livres "Infaillible?" et "L'Église": lettres, convocations, conférences de presse, déclarations incendiaires, menaces, ultimatums, etc. à tous les niveaux de la structure ecclésiale et de la société. Rome ne l'excommunie pas refusant d'en faire un martyr. Küng refuse catégoriquement "l'humilité et l'obéissance exigées par la Curie" (p.368), car il pense posséder la Vérité. Jamais il n'ira au Vatican se présenter à un "procès d'inquisition" (p.369). Il se dit persécuté, diabolisé et victime de surveillance et de dénonciation, pendant que Rome refuserait de rechercher la vraie Vérité (la sienne!) en restant sclérosée dans ses vieilles doctrines. "Cette autorité est irréformable, il faut s'en débarrasser" (p.381), dit-il pompeusement. Il en a marre d'une Église qui "doit être dans le monde, mais non pas du monde" (p.390, Paul VI), ni d'une "Église qui écrit l'histoire à coups d'impulsions, de verdicts et d'encycliques" (p.393). Il est révolté contre "la serre chaude" ecclésiale (p.390). Il veut faire à sa tête: "que le Pape et le Magistère me laissent tranquille et en paix, car je suis un penseur libre" (p.395-396). Hans Küng refuse de capituler même si les évêques allemands et suisses refusent de l'appuyer. La saga continue et Küng veut gagner la bataille de l'opinion publique grâce à la presse et à la télévision qui lui sont entièrement favorables.

