Paul-André Deschesnes

Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (7) - Le bon monde et la méchante hiérarchie

Hans Küng : CNS file photo by Robert Delaney

Hans Küng

CNS file photo by Robert Delaney

NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».

Küng tire ses conclusions dans son neuvième chapitre. Il raconte comment les synodes et les conférences épiscopales suisses et allemandes sont biaisés et tordus, refusant d'adhérer à sa théologie postmoderne. Il se sent à peine "toléré" (p.471) par la hiérarchie! Pourtant, le monde l'acclame, ainsi que les exégètes, les moralistes et les pasteurs (p.475); tous veulent "réinterpréter les dogmes chrétiens" pour notre monde moderne (p.476) pendant que "la théologie de la Grégorienne reste bien emballée dans son sac à dos avec la conviction naïve que rien ne changera (théologia pérennis)" (p.477). "Je suis

le théologien qui répond aux problèmes difficiles" (p.480), dit-il.

Après un voyage aux États-Unis (en concorde...) de trois jours chez la famille Kennedy (p.480), il revient chez lui et la querelle sans fin avec les autorités de l'Église, ces gens qui "vivent dans un autre monde" (p.489), continue de plus en plus violemment. Son conseiller juridique, le Père Johannes Neumann, quitte Tübingen et l'Église catholique... "Église inhumaine" et "totalement figée" (p.495). "On veut me réduire au silence" rage Hans küng (p.497). Les évêques allemands (d'en haut) lancent la grande offensive (1977-1978) contre ses idées et ses livres pendant que ses amis (d'en bas), les pasteurs et catéchètes, sont tout à fait d'accord avec lui (p.499-500). Il décide "qu'il ne vaut plus la peine de s'engager pour l'Église officielle", tout en proclamant qu'il reste dans cette Église (p.501-502) où l'Église enseignante a largué l'Église enseignée (p.503). Le 3 mars 1978, c'est la parution du livre "Dieu existe-t-il?", une réponse moderne aux questions sur Dieu, selon Küng. On attaque son orthodoxie catholique et son intégrité chrétienne, car dans ce livre, il se dit "passionné pour l'athéisme de Feuerbach, Marx, Hegel, Nietzsche et Freud". Lui, avoue (p.509) "non pas fournir une preuve contraignante de l'existence de Dieu, mais simplement de bonnes raisons d'avoir confiance". Küng martèle qu'il faut tenir compte du Protestantisme, des Réformateurs, des grands penseurs des Lumières et de la modernité (p.512). À bas les certitudes! "Il faut démystifier l'image biblique du monde comme par exemple les ascensions au ciel" (p.517).

Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (8)

Les trois papes

Le 6 août 1978, c'est le décès de Paul VI. La revue "Concilium" publie aussitôt un article qui sera repris dans la presse mondiale intitulé "le Pape que nous souhaitons" (p.527), c'est-à-dire, "un Pape social qui acceptera les divorcés remariés, les prêtres mariés, les couples mixtes, la régulation des naissances, etc."; on veut "un vrai réformateur ouvert au monde" (p.530-531).

Le 26 août 1978, on élit le cardinal Luciani (Jean-Paul I). Hans Küng a bien aimé ce Pape qui aurait peut-être pu "s'imposer à la Curie" (p.534). Malheureusement, le 29 septembre 1978 Jean-Paul I meurt dans des circonstances "très nébuleuses" (p.539). Küng soupçonne le complot à la manière du Code Da Vinci: la Curie, la mafia, l'Opus Dei, etc. (p.539)!

Le 17 octobre 1978, Karol Wojtyla est élu Pape. Après s'être réjoui de cette élection (fini le monopole italien), Küng désenchante très vite car l'Église polonaise avait toujours été très hostile à sa théologie. Il affirme que ce Pape "n'a jamais lu ses livres" (p.541). La guerre continue! Pour Hans Küng, le Conclave a élu le Pape de l'Opus Dei, "organisme fascisto-catholique et sectaire" (p.542). Il fera "oublier Vatican II", en ajoutant "qu'il avait un mépris de la sexualité et de la femme" (sic), tout en faisant la promotion "de l'auto-mortification", adorant "contrôler ses évêques et restant étranger à la théologie contemporaine" (p.543). Voilà pourquoi ce "terrible Pape" traditionaliste osera canoniser Josémaria Escriva de Balaguer, le fondateur de l'Opus Dei, que Küng déteste au plus haut point.

Il accuse Jean-Paul II "d'avoir vendu à son public sa doctrine et sa politique réactionnaire grâce à son charisme de grand communicateur" (p.544). Fidèle ami de tous les théologiens rebelles comme Gutierrez et Boff, il dit "accepter l'analyse marxiste des mécanismes du système économique capitaliste" (p.549) pendant que le nouveau Pape et son chien de garde Ratzinger, dits réactionnaires, attaquent à fond de train la théologie de la libération si chère à Küng. À ses yeux, Jean-Paul II ne dialogue pas; il nomme des évêques conservateurs; "c'est le retour à l'index et à l'Inquisition" (p.554). Il envisage même de canoniser le Pape Pie IX ce "psychopathe" (sic) (p.555), le Pape de l'infaillibilité qui provoque chez Küng les pires crises d'urticaires.

Devant "cet épouvantable spectacle" que font les Lubac, Rondet, Congar, Rahner, etc.? "Ils se taisent" soupire rageusement Küng (p.556), ajoutant: "c'est de mon devoir de ne pas me taire" (p.558). Pendant que Rome continue "de refuser la démocratie et de se fermer aux sciences de la nature" (p.568), Küng enseigne sa théologie et parcourt le monde.

Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (9)

La grande confrontation

L'heure de vérité approche pour celui qui dit: "je vois l'unité des Églises dans leur diversité" (p.582). Küng dénonce violemment en 1979 (p.585) Jean-Paul II qui, à ses yeux, fait un retour en arrière et qui refuserait d'obéir au Concile. C'est "un cri d'alerte de portée mondiale" (p.586) lance-t-il dans tous les médias de la planète, pendant que "le Pape ressent cela comme une attaque de sa personne et de sa théologie" (p.590). Küng qualifie le Pape de "néoscolastique traditionnel" contaminé par le théologien dominicain Garrigou-Lagrange et par la Somme théologique de St-Thomas (p.591). Les forces conservatrices (p.592) et l'inquisition de Pie XII (p.590) restent à la mode. On a une papauté "impériale et totalitaire" (p.592). "Profonde déception", dit Küng (p.593).

En novembre 1979, le Collège cardinalice se réunit. Le Pape reçoit en audience privée les cardinaux allemands et on discute du retrait de la charge d'enseignement de Hans Küng. Ratzinger déclare: "Hans Küng ne représente tout simplement plus la foi de l'Église catholique. Il conteste énergiquement l'essentiel de la doctrine catholique; il ne parle donc plus qu'en son nom personnel" (p.594). Küng révolté parle de son côté "de diffamation et de chasse aux sorcières" (p.595). Le 27 novembre 1979, "deux mille auditeurs m'applaudissent très fort à Ratisbonne dans un auditorium bourré à craquer", dit-il (p.596). Il se proclame "le combattant isolé" soutenu par "l'énorme masse de chrétiens (sensus fidelium)" bien décidé à combattre Rome (p.598).

En 1979, plusieurs théologiens amis de Küng sont condamnés par la Congrégation de la foi: Pohier, Curran, Schillebeeckx, etc.; ceux-ci ne peuvent plus s'autoproclamer théologiens catholiques. Aux yeux de Küng, il y a de plus en plus "de dénonciateurs et de mouchards" (p.601) au service de "l'inquisition romaine". "Qui sont les vrais catholiques?" se demande Küng (p.604). Pendant que Jean Galot S.J. professeur dit "ultra conservateur" à la Grégorienne traite Hans Küng "d'hérétique et d'arien" (p.604), notre théologien vedette affirme qu'il ne s'est pas trompé (p.605) et que c'est lui qui serait le vrai catholique, même si tous ses livres "n'ont suscité aucune joie chez les évêques marquants de l'Église" (p.606).

Le président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Höffner, déclare en décembre 1979: "Küng ne croit ni à Noël, ni à la naissance virginale" (p.609). Le 18 décembre 1979, Rome rend public un décret concernant Küng: "le retrait de l'habilitation de l'Église" (p.607). L'étau se resserre sur notre rebelle qui répond: "Je reste prêtre catholique, même si on veut me liquider académiquement" (p.614). "C'est une trahison de la Vérité" (p.618). La colère de Küng est foudroyante: "évêques laquais d'un Magistère infaillible, grands prêtres, scribes, establishment, etc." (p.621). Rome a tranché et déclare: "Les opinions doctrinales du professeur Hans Küng sont en opposition manifeste avec la doctrine de l'Église" (p.621), ce qu'il rejette du revers de la main, car le bon peuple est d'accord avec lui. Jean-Paul II ajoute également que "Küng s'est écarté de la plénitude de la Vérité de la foi catholique... il ne peut plus enseigner en tant que tel" (p.621). La Congrégation de la foi décrète: "On ne peut plus considérer Küng comme un enseignant catholique... sa mission canonique à l'université de Tübingen lui a été retirée" (p.622).

"J'ai honte de mon Église... elle perd sa crédibilité... procès secrets d'inquisition... comme Galilée...etc. (p.624-625); la bagarre n'est pas terminée contre la superpuissance de l'appareil ecclésiastique" (p.625) crie Küng sur toutes les tribunes, pendant que ses étudiants le portent en triomphe. Alors, il refuse d'obtempérer à Rome et déclare haut et fort "je reste" (p.626) ovationné longuement (p.627) par la meute étudiante. Il reçoit paraît-il, "des messages de solidarité" en quantité industrielle. Il est devenu "la figure symbolique de la résistance et de l'opposition" (p.628).

Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (10)

Vers un compromis

Cette crise interminable tire à sa fin. Dans un premier temps, les professeurs de la faculté de théologie catholique de Tübingen déclarent que Küng va rester professeur malgré le décret romain; il exige une rencontre au sommet avec le Pape à Rome. Le 30 décembre 1979, la décision négative de Jean-Paul II ne met pas fin au conflit. Küng s'entête encore plus! Le combat continue (p.642). "Les réactions hostiles et parfois violentes se manifestent dans toutes les couches de la population, y compris dans le clergé", affirme Küng (p.643). Tous les évêques allemands signent une lettre pastorale à lire en chaire (imprimée à 3.5 millions d'exemplaires) pour le dénoncer (p.644). Encore une fois, il se tourne vers les médias, son mur des Lamentations préféré. On lui propose même une chaire protestante à Zurich, ce qu'il refuse, se disant toujours excellent catholique. La planète entière est en état d'alerte (p.649)! "Je reçois chaque semaine dix mille lettres, dont seulement 10% négatives", dit-il (p.650). Les artistes suisses l'appuient (p.650) pendant que l'hostilité au Pape grandit (p.653) et "pas un fidèle ne proteste" (p.653), se réjouit Küng.

Le 4 février 1980, coup de théâtre: la faculté de théologie catholique de Tübingen change son fusil d'épaule et décrète l'exclusion de Küng (p.660). "Trahison, flagorneries, obséquiosités, dissimulations vaseuses, jeu d'intrigues, etc." (p.661 à 663) clame Küng. Que faire? Encore une fois les médias viennent à sa rescousse. Roman? Film? Toutes sortes de rumeurs circulent pour encenser Küng et diaboliser Rome (p.667). Mais, "Küng doit se débrouiller tout seul" (p.671), avoue-t-il, complètement dépité! "J'ai perdu une bataille, mais pas la guerre" (p.674). "À la manière de Paul, je vais résister, car il n'y a aucun Paul dans l'épiscopat" (sic) (p.675).

Devant la tempête médiatique qui fait rage, un compromis avec Rome pointe à l'horizon: Küng pourrait se retirer lui-même au lieu d'être jeté à la porte (p.678), tout en renonçant à son droit de donner des cours , de faire passer des examens et de prendre part aux nominations (p.681). Il propose à l'Université de Tübingen "de détacher de la faculté de théologie catholique officielle sa chaire et l'Institut de recherches œcuméniques" (p.682). Le 8 avril 1980, l'accord est signé et Rome accepte. "Voilà, dit Küng, ce qui a permis au perdant apparent d'être en réalité le vainqueur" (p.684). Küng "le supposé vainqueur" se bombe le torse. Il garde son poste, c'est-à-dire un nouveau poste créé spécialement pour lui personnellement, où il aura une liberté académique tous azimuts et où il enseignera ce qu'il voudra en son nom personnel (p.694).

À la fin de son livre, Küng ne se gêne pas pour faire son éloge personnel: "je suis un érudit, un savant, un intellectuel... sur la liste des cent plus importants intellectuels du monde des deux revues Foreign Policy (États-Unis) et Spectator (Grande-Bretagne)" (p.696). "Jamais je n'accepterai, dit-il, de m'aplatir devant l'Opus Dei et le Wojtylisme" (p.698). "Je suis un homme de science qui va au fond des choses... et qui résout les problèmes" (p.698). Il lance à la planète les mots d'ordre suivant: "résistez... tenez bon (p.701); on veut un autre clergé et une autre théologie (p.699), car l'Église catholique est en danger de se réduire à une secte... dont la vision de l'Évangile serait purement antique et romantique" (p.703). "À notre époque, le théologien doit se frayer la voie entre le relativisme de la Vérité (Küng) et un absolutisme de la Vérité (le Pape)" (p.704).

En 1996, Hans Küng prend sa retraite et dit adieu à Tübingen "sans avoir vendu mon âme en échange d'un pouvoir au sein de l'Église", dit-il en se pétant les bretelles (p.705). Maintenant, il parcourt le vaste monde enseignant sa théologie librement et " combattant tout en résistant" (p.707). Hans Küng, le grand rebelle, est toujours en 2010 officiellement prêtre catholique romain en profond désaccord avec le Pape et le Magistère.

Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (11)

Hans Küng, un maître à penser?

Après la lecture du Tome II des mémoires de Hans Küng, on peut se poser sérieusement la question suivante: ce théologien de renommée mondiale est-il catholique? Même si Rome ne se décide pas à le laïciser de peur d'en faire un martyr planétaire, il est bien évident que la théologie de Küng remet en question et contredit des pans entiers et fondamentaux du dogme, de la morale et de la doctrine catholique.

En 2007, tous les diplômés de la faculté de théologie de l'Université de Montréal recevaient une invitation personnelle pour assister à une conférence très médiatisée du "grand théologien Hans Küng". En occident et au Québec en particulier, la théologie de Küng est très populaire; plusieurs prêtres et théologiens s'en nourrissent et l'enseignent à leurs fidèles. Certaines facultés de théologie en font la promotion en la présentant comme l'incontournable nouvelle théologie à la mode. Nos futurs prêtres sont-ils bien équipés pour faire la part des choses si on ne leur présente qu'un seul côté de la médaille, tout en diabolisant l'autorité romaine? Nos médias québécois, vendus aux idées de Küng, nous montrent régulièrement des prêtres et des théologiens qui proclament sur la place publique ces fausses doctrines le plus sérieusement du monde en toute impunité, car l'autorité ecclésiastique locale a une peur viscérale d'appuyer l'enseignement du Magistère.

Dans la revue de l'association des diplômés et des diplômées en théologie de l'Université de Montréal "Dans le trafic", (no. 28), printemps 2009, IVONE GEBARA disciple de Küng, catholique et docteure en théologie écrit: "Les évêques et le Pape sont devenus schismatiques par rapport aux communautés chrétiennes catholiques... l'Église peut émettre une opinion, mais non l'imposer comme une Vérité de foi... un schisme historique est en train de se construire et de croître dans différents pays". Dans notre Québec décadent, la théologie de Küng est subtilement enseignée dans plusieurs paroisses par des prêtres dits catholiques qui ne supportent plus ni la saine doctrine, ni l'enseignement du Magistère.

Je termine en laissant aux lecteurs ces quelques paroles de l'Écriture que Küng et ses disciples auraient intérêt à méditer :

"Que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu" (1Corinthiens 2,5).

"Les hommes sont inexcusables puisque ayant connu Dieu, ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur s'est enténébré; dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous" (Romains 1, 20-22).

"Entrez, dit le Seigneur, par la porte étroite. Car large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouve" (Matthieu, 7, 13-14).

"Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la Vérité pour se tourner vers les fables" (2 Timothée, 4, 3-4).

P.S: N'oublions jamais que Dieu élève les humbles, mais renverse les puissants et les orgueilleux de leur trône.


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Vos commentaires

Celui qui ne demeure pas dans la doctrine de Christ n a point Dieu(2eme epitre de Jean1.9)

par soeur Therese.com à 2011-03-28 02:27:33

'Un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la Vérité pour se tourner vers les fables' (2 Timothée, 4, 3-4).
La saine dootrine,c est l ensegnement que nous a laisse Jesus.
Rome s est detoune de la Verite et s est cree des lois à sa convenance.
Hans Kung dit vrai.

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