Pourquoi faire baptiser son enfant?
Quand le brave cardinal Marc Ouellet est arrivé au Québec il y a quelques années, il avait fait une déclaration publique qui en a choqué plusieurs.
Reconnu pour ne pas avoir la langue de bois, il avait déclaré haut et fort que nos Québécois catholiques à 80% étaient fortement déchristianisés en se contentant de l'étiquette. Il avait reproché au bon peuple d'avoir gommé allègrement le contenu de sa religion.
Notre cardinal, lucide, visionnaire et très bien informé, s'était douloureusement rendu compte que le peuple québécois était bel et bien devenu ignare en matière religieuse. Marc Ouellet ne s'était pas gêné à l'époque pour égratigner sérieusement la formation catéchétique donnée à nos jeunes; centrée sur le jovialisme et la modernité, le programme officiel de catéchèse enseigné depuis quelques décennies ne semble pas avoir produit les fruits escomptés.
Tout comme les adultes, nos élèves du primaire et du secondaire sont maintenant eux aussi frappés du syndrome de l'ignorance crasse face à la religion catholique. Voilà le constat qu'on ne peut plus nier.
Après avoir été prétentieusement isolé et contesté, Marc Ouellet est retourné au Vatican où il occupe une très haute fonction. Celui que le journal La Presse a qualifié de "papabili" dans son édition du 30 juin 2011 a dit la vérité.
QU'EN EST-IL AUJOURD'HUI DE LA PASTORALE DU BAPTEME DANS NOS PAROISSES DU QUEBEC?
À la fin du mois de mai, dans la grande région de Montréal, un prêtre responsable de la préparation baptismale écrit dans le feuillet paroissial le texte suivant:
"Les nouveaux parents le disent de plus en plus clairement. Quand l'enfant vient au monde, ils veulent un rituel où on va célébrer l'arrivée de cet enfant. Ils veulent célébrer la vie et fêter l'événement de l'enfant sans nécessairement faire référence à la foi, à la croyance et à la pratique religieuse.
L'Église fait une offre. Elle est d'accord pour accueillir les petits enfants, mais pas uniquement pour un événement ponctuel, pas nécessairement pour juste cette occasion, mais pour un rituel d'insertion, d'engagement et de continuité. L'Église veut inscrire l'enfant dans un processus de vie qui le mènera à adhérer à Jésus-Christ.
Quand l'Église baptise, elle s'attend à ce que les parents qui demandent le baptême soient prêts à investir dans la transmission des valeurs et des données de la foi chrétienne.
Avant de demander le baptême, il faudrait se poser les questions suivantes: est-ce que je crois assez en Jésus-Christ pour vouloir m'engager à Le présenter à mon enfant? Est-ce que je suis prêt comme parent à m'engager à fournir à mon enfant tout au long de sa croissance spirituelle des outils et des moyens de découvrir Dieu à la manière de Jésus? Est-ce que je suis fier de faire partie de l'Église catholique dans laquelle je demande l'insertion de mon enfant par le baptême? Voilà des questions fondamentales qu'il faudrait se poser afin que le baptême garde la grande valeur qu'il incarne." (Fin de la citation).
Pour sa position extrêmement courageuse, ce prêtre québécois doit être félicité. Il a décidé de donner l'heure juste. Faut-il continuer au Québec de baptiser des enfants dont les parents disent ouvertement ne pas vouloir entendre parler ni de Dieu, ni du Christ, ni de l'Église catholique, ni de l'engagement parental post-baptismal?
Il faudrait relire attentivement la centaine de numéros du Catéchisme de l'Église catholique sur le baptême. On se rendrait compte que demander le baptême pour son enfant est un geste d'une extrême importance qui implique de très sérieux engagements pour les parents. Faire baptiser son enfant n'est surtout pas la réponse à un impératif culturel.
Ce cri du cœur de notre prêtre responsable des baptêmes prouve qu'il y a actuellement un malaise et une incohérence incroyable dans les paroisses du Québec sur cette question. N'y aurait-il pas lieu de mettre fin aux baptêmes en série et de dire non aux parents qui demandent ce rituel uniquement pour le "party" ou pour toutes autres raisons qui n'ont rien à voir avec l'engagement spirituel à long terme que suppose ce sacrement?
Le cardinal Ouellet avait bien raison: notre Québec postmoderne souffre actuellement d'une crise de foi sans précédent. L'adhésion aux valeurs religieuses a été remplacée par une adhésion aux idoles à la mode et aux nouvelles valeurs d'un monde moderne en pleine décadence. Être "COOL" et "JOVIALISTE" n'est pas la solution!
Alors, faudrait-il continuer à donner le baptême sur demande sans se poser les questions fondamentales qui s'imposent?

