Qu’en est-il de l’animation de la vie spirituelle et d’engagement communautaire dans nos écoles? Sophie Bouchard
Récemment, mon fils m’apprenait que l’animatrice de vie spirituelle et d’engagement communautaire (AVSEC), surnommée madame Sourire, avait fait faire du yoga aux enfants de sa classe. Une fois mon sentiment d’impuissance et ma rage contre notre système scolaire passés (je n'en veux pas à madame Sourire personnellement), j’ai fait des recherches pour connaître davantage le rôle et le mandat de la personne qui occupe ce poste.
Je viens de terminer la lecture d’un document intitulé « Des formes d’agir liées au cheminement spirituel ou à l’engagement communautaire ». Produit en 2006 par le MELS à la Coordination des services complémentaires, DGFJ, le document est destiné aux AVSEC. On y lit en toutes lettres que « L’animatrice ou l’animateur de vie spirituelle et d’engagement communautaire n’est pas neutre. Il importe qu’il soit au clair avec sa conception de la vie spirituelle et de l’engagement communautaire, qu’il se situe et qu’il annonce clairement ses couleurs, sans prosélytisme, dans les moments opportuns. L’animatrice ou l’animateur peut certes présenter son expérience, mais il doit éviter de l’imposer aux élèves. »
Ah, ha ! Vous ne le saviez pas, n’est-ce pas ? Pendant qu’on « assure » que le cours ECR est neutre, on travaille par en dessous du côté de l’animation en lui laissant le champ libre ! Oui, je sais lire, il est bien écrit qu’on « doit éviter de l’imposer aux élèves ». Mais franchement, en parler, n’est-ce pas déjà l’imposer. Les élèves ne sont-ils pas en classe pour apprendre, pour écouter, pour intégrer ce qu’on leur enseigne? Cette façon de faire est comparable au témoignage, non ? N’est-ce pas le moyen privilégié qu’a choisi l’Église pour annoncer ? Et n’est-ce pas par le témoignage que le christianisme s’est propagé?
Tout au long du document, on propose des idées d’activités que l’AVSEC peut organiser. Pour des activités « discussions et débats » avec les élèves on soumet différents thèmes, dont : la religion, l’athéisme, la pensée séculière, l’hétérosexualité, l’homosexualité. Dans les remarques en lien avec ces activités de nature douteuse, c’est avec stupeur que j’ai lu: « Ne pas minimiser la capacité de l’élève du PRIMAIRE à aborder les questions fondamentales. (…) Tout est une question d’adaptation pédagogique et de langage approprié. Pour les élèves du secondaire, ces occasions peuvent mener à une confrontation d’idées qui leur permet d’élargir leur conception de certaines réalités. » !
Consciente de l’impact de telles discussions, la coordination des services complémentaires ajoute à la fin de cette section que l’AVSEC « doit, en concertation avec les autres intervenants du milieu, prévoir les répercussions du débat sur les élèves et le suivi qui pourrait être nécessaire auprès de certains d’entre eux. » À quoi ça rime? Provoquer le mal pour ensuite le guérir ? Susciter des réactions pour générer le doute ? Le doute par exemple sur l’orientation sexuelle ?
Une autre catégorie d’activités suggérées c’est l’enquête. On y propose « Une enquête dans le milieu sur le sens que diverses personnes donnent à des situations sociales ou à des questions éthiques (pauvreté, exclusion, environnement EUTHANASIE, AVORTEMENT, MARIAGE GAI, racisme, etc.) ». Devant une classe pleine d’élèves qui portent des valeurs du monde, je me demande bien si mes enfants (7, 10 et 13 ans) auraient le courage d’affirmer qu’ils sont contre l’avortement ou le mariage gai ! Ils m’apparaissent bien jeunes pour devoir défendre le point de vue de l’Église en cette matière!
Je suis désolée, mais ça ne me convient absolument pas. Qu’ils soient du primaire ou du secondaire, les enfants écoutent toute la journée leurs professeurs. Les professeurs les ouvrent à toutes sortes de connaissances nouvelles. Les élèves les apprécient d’autant. Mais le côté négatif de la chose, je le vis toutes les semaines, quand je m’obstine avec mes enfants pendant les devoirs pour des questions de méthodes pédagogiques, parce qu’ils me disent que « ce n’est pas comme ça que le professeur a dit qu’il fallait faire !» Imaginez quand on tombe dans les questions de la foi, d’éthique ou de valeurs humaines ! Madame Sourire (AVSEC) est aussi influente qu’un professeur et même plus, puisqu’elle n’a pas à faire de discipline toute la journée, elle est une invitée occasionnelle qui n’a que le beau rôle… et que tous les élèves sont contents de voir parce qu’elle change la routine avec des activités attrayantes.
Le MELS est parfaitement conscient de cette influence puisqu’il va jusqu’à l’écrire: « Dans certains cas, l’animatrice ou l’animateur sera appelé à donner son opinion ou à parler de ses croyances ou de sa conception de la situation. Il importe qu’elle ou il s’exprime de façon cohérente et transparente en respectant les élèves et en ayant la conscience de son rôle d’influence. »
Ce n’est pas tout, on va encore plus loin en page 10 où il est question des symboles, analogies, rites et célébrations. À mon grand désespoir, j’ai découvert qu’on invite les AVSEC à proposer des activités d’exploration, d’expérimentation et même divers exercices : « mandala (dessins de spiritualité hindoue), méditation guidée, rêve éveillé, psychagogie (selon Wikipedia : cérémonie religieuse qui a pour but d'apaiser les âmes des morts, en les appelant trois fois par leur nom; cérémonie magique par laquelle on évoque les âmes des morts.). » Oui, oui, on leur suggère des activités presque occultes !
Mais la goutte qui fait déborder le vase ce sont les activités de témoignages ! C’est tellement relatif ce qu’on pourra entendre ici ! Et là encore, les auteurs du document s’y attendent : « Dans certains cas, le type de témoin choisi ou les sujets du témoignage pourraient ne pas convenir à tous les élèves. Il faudrait donc faire preuve de discernement à cet égard. »
Discernement !? Il y en a quelques-uns qui en on manqué ici ! Et de quel discernement on parle ? Basé sur quoi ? Sur LEURS perceptions, sensibilités et croyances et non pas sur l’Esprit-Saint, ça va de soi !
Pour l’AVSEC qui dessert l’école de mes enfants, le yoga semble un bon choix d’activité. Mais pas pour moi ! Pour un autre AVSEC, qu’est-ce que ce sera ? Parler de l’homosexualité ? De l’athéisme ? Ou encore faire des incantations quelconques ?
Comment se fait-il que personne ne parle de cela ? C’est peut-être parce que la plupart de ces animateurs sont affectés à plusieurs écoles, et qu’en conséquence, les enfants ne les rencontrent que quelques fois par année. Pas assez souvent pour susciter l’attention des parents, mais tout de même l’intérêt des enfants. Madame Sourire et les autres AVSEC peuvent bien rire dans leur barbe…
Deux poids, une mesure ! On dit d’un côté que le professeur qui donne le cours ECR doit se soumettre à un droit de réserve. De l’autre, on dit que l’AVSEC, lui, doit annoncer ses couleurs! Est-ce qu’on peut m’expliquer pourquoi on refuse à l’un ce qu’on recommande à l’autre ? Pourquoi y a-t-il un traitement différent ?
En fait, il n’y a pas de différences. Dans les deux cas, on sème la confusion chez nos enfants.
Les contenus rédactionnels des blogues n’engagent que leurs auteurs. Étiquettes : Avortement, Spiritualité, Éducation/Enseignement, Accomodements raisonnables, Politique, Cours d'Éthique et culture religieuse (ECR), Enfance, Droits et libertés, Relativisme, Homosexualité, Ésotérisme, Enseignement religieux, Prière, Liberté de choix, Mariage gai Vos commentairesRSVPpar Luc Devroy à 2009-05-25 17:43:03
Commentaire défavorable à cet article par un lecteur du blog Pour une école libre (voir Pour une école libre).
NDLR: C'est fait!
Sophie BouchardPour le plein épanouissement des enfantspar johanne leblanc à 2009-10-30 12:57:50
Après avoir lu et relu votre texte je ne sais toujours pas comment réagir à vos propos. Je vais me laisser guider par ce que me dictera mon Esprit. Mais, je tiens d'abord à vous dire que je suis extrêmement contente d'être tombée par hasard sur votre blogue (même si l'on dit que le hasard n'existe pas). Certains pourraient dire que c'est Dieu qui m'envoie ce message, d'autres diraient que c'est la syncronicité, d'autres diraient que c'est la force de l'attraction, etc. Peu importe, ce qui compte c'est que j'ai pu le dire. Je suis moi-même avsec dans une commission scolaire de montréal et je travaille dans 7 écoles, milieux socio-énonomiques aussi différents les uns que les autres. Moi aussi j'anime des ateliers de yoga, détente, relaxation auprès des enfants du 1er cycle. Et je reçois des commentaires de collègues qui remettent en question la pertinence de ces ateliers. Alors, comme vous voyez on a beau faire on a beau dire il n'y a jamais unanimité. Qui a raison, qui a tord, nul ne le sait? Dans tout ce débat à propos des cours d'éthique et culture religieuse et du sevice d'animation de vie spirituelle et d'engagment communautaire , il est rarement question du plein épanouissement des enfants, de tous les enfants. On dit que les enfants d'aujourd'hui sont l'avenir de demain mais de quels enfants parlons-nous (les enfants ne sont pas tous pareils et grandissent pas tous dans le même milieu). On remet en cause le fait que je donne des ateliers de yoga, mais sur quoi ce base-t-on pour dire que ce n'est pas correct. Vous avez entièrement raison quand vous dites qu'il y a confusion. Pour ma part, je crois qu'il y a confusion parce qu'on perd de vue l'enfant, l'enfant dans tout son potentiel et surtout dans son développement. Moi, je ne suis qu'un élément de plus (ou de moins, cela dépend des gens) sur le chemin de vie des enfants. Loin de moi l'idée de les endoctriner, au contraire, j'essaie de leurs fournir des outils à ajouter dans leur coffre d'outils. Je fais confiance en ce qu'ils sont et en leurs prises de parole, à l'école comme à la maison. Je pense que l'on confond simplement les mots ce qui entrainent des distortions dans les dialogues entre les personnes concernées: les membres du gourvernement, responsables des commissions scolaires, directions d'écoles, enseignantes, enseignantes, professionnels des services complémentaires, les différents partenaires de la communauté et les parents. Croyez-moi, quand vient le temps de me présenter, j'en entends de toutes les couleurs. Le mot intériorité est presqu'un mot tabou. Heureusement que je crois en ma profession et à la mission que je me suis donnée (outiller tous les enfants pour qu'ils soient en mesure de passer à travers les coups de la vie et à croire en l'humanité) car il y a longtemps que j'aurais tout balancé. Et je rêve du jour où tous et chacun nous serons en mesure de travailler ensemble pour le mieux être des enfants, non pas sur des chemins parallèles mais sur un même chemin, un chemin où l'enfant cueillera les outils qui lui conviennent, en des lieux et des temps propices à son développement.
En terminant, du fait que vous avez ce blogue (que je trouve intéressant) et que d'autres personnes pourraient peut-être m'aider, pour m'aider à offrir des services qui respecte l'enfant, je me permets de vous posez deux questions: Croyez-vous à la dimension spirituelle de l'être humain sans référer à une religion? et Quelles sont les étapes du développement spirituel (ne pas confondre avec le développement moral ou religieux) des enfants du primaire? Établir ces étapes de développement nous permettre d'établir un langage commun et peut être nous sortir de cette confusion.
Merci pour votre blogue.
Johanne (animatrice de vie spirituelle et d'engagement communautaire)Une question de perception: quel est votre regard?par Madame Samuel à 2010-06-18 13:20:31
La méditation pourrait-elle aider les adolescents ?
Très souvent, au moment de l'adolescence, les jeunes ont du mal à trouver le calme, ils s'entendent mal avec leurs parents, ils ne sont pas sûrs d'eux, mais en même temps ils ne sont pas prêts à accepter les conseils de leurs aînés. Ils ont du mal à accepter toute forme d'autorité et ils se rebellent contre la discipline à l'école et à la maison... c'est ce qu'on appelle le conflit des générations. Contrairement ce que pensent beaucoup de ceux qui prônent un retour aux bonnes vieilles valeurs, le problème n'est pas extérieur aux adolescents.
La période de l'adolescence est le moment où leurs personnalités commencent à se former, ils sont très fragiles, ils cherchent souvent à intégrer à un « groupe » et ils sont tentés par toutes formes d'échappatoire à leur mal-aise : cigarettes, alcools, drogues.
C'est donc une période très importante pour qu'ensuite ces adolescents puissent se sentir bien dans la vie, pour qu'ils puissent réaliser leur plein potentiel.
Or, il semblerait que la pratique de la méditation puisse aider les adolescents à se sentir mieux dans leur peau !
En effet, la méditation favoriserait la réduction de la tension artérielle chez les adolescents à risque, contribuant ainsi à la prévention de l'hypertension et des troubles de santé qui y sont associés, telles les maladies cardiovasculaires. Autre impact, et non des moindres : elle aiderait, de façon significative, à l'amélioration du comportement à l'école !
Ces nouvelles nous viennent d'une longue recherche du Medical College of Georgia (1) , parue dans l' American Journal of Hypertension (2) , la pratique quotidienne de la méditation, à raison de deux séances de 15 minutes , suffit pour abaisser la tension artérielle des adolescents présentant une prédisposition. L'effet est constant et se prolongerait même pendant un certain temps, après avoir mis fin à la pratique.
Cent cinquante-six adolescents ont participé à cette expérience. Pendant quatre mois, ils ont donc accepté de se soumettre à deux séances quotidiennes de méditation, sept jours par semaine.
L'expérience a été étroitement contrôlée : les deux groupes (les ados à risque et un groupe témoin) portaient un appareil de mesure de la tension artérielle en permanence. La tension était prise de façon automatique à intervalle régulier et fréquent : toutes les 20 minutes pendant le jour, et toutes les 30 minutes au cours de la nuit. Les chercheurs ont également pris en compte d'autres paramètres : rythme cardiaque, indice de masse corporelle, stress lié à l'environnement, etc.
Les résultats se sont révélés concluants : la tension artérielle, le rythme cardiaque et le niveau de stress (taux de cortisol) des ados « méditatifs » ont tous diminué de façon significative . Outre des bénéfices certains sur la santé cardiovasculaire, la méditation a aussi permis d'améliorer la qualité de vie de ces adolescents à l'école et sûrement celle de leurs professeurs... mais là dessus on a eu aucune statistique !!! Rire !
Enfin, ce qui est intéressant, c'est que les chercheurs ont noté une baisse de l'absentéisme et des suspensions , ainsi qu'un plus grand respect des règlements. Ils proposent donc aux professeurs et autres responsables de la pédagogie d'envisager l'utilisation de la méditation dans le cadre d'un programme de réduction du stress en milieu scolaire.
Karim Bounarass (Educateur)
Article tiré des archives de meditationfrance
http://www.meditationfrance.com/archive2.htm
(1).Baker T., Transcendental Meditation Lowers Blood Pressure in Black Adolescents . News releases, Medical College of Georgia . April 2004. [Consulté le 5 avril 2004]
(2). Vernon A. & al. Impact of transcendental meditation on ambulatory blood pressure in African-American adolescents. American Journal of Hypertension. Vol. 17, no 4, April 2004.
Pour consulter l'article en entier : www.journals.elsevierhealth.com@ madame Samuelpar Sophie Bouchard à 2010-06-18 20:56:26
Je n’ai rien contre la méditation (entendons prière, oraison, lectio divina) qui est beaucoup encouragée dans l’Église catholique. Si les jeunes s’y adonnaient, nous aurions de véritables miracles dans nos sociétés occidentales. Par contre, le yoga, c’est une « liturgie » (et non pas un exercice comme certains le croient) qui provient des religions orientales.
Le yoga propose de se concentrer sur soi-même, alors que la prière chrétienne est plutôt un élan vers quelqu’Un, en l’occurrence, le Christ miséricordieux! La prière chrétienne n’est pas avant tout une technique ou une méthode, la prière chrétienne c’est une rencontre! Comme le disait un moine bénédictin, la prière c’est quelqu’Un.
Vous admettrez qu’il y a là toute une différence… |
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