Le financement de l'avortement, l'Afrique et les médias

Les médias défendent-ils les africaines ou se servent-ils d'elles pour gagner leur propre combat en faveur de l'avortement?
CNS photo/Alessia Giuliani, Cat holic Press Photo
J’enrage contre le traitement que donnent les médias au fait que le gouvernement du Canada a décidé de ne pas financer l'avortement en Afrique ! Non, mais, on laisse entendre que Harper fait de la discrimination et qu’il n’a pas à faire passer ses opinions au détriment des femmes. Mais personne ne pense à dire que la majorité bien pensante a aussi son opinion qu’elle fait passer, selon moi, au détriment des femmes ET des enfants ET de leurs conjoints. Moi, contre l’avortement, je vais parler ici à ceux qui sont pour.
Parce qu’il y a bien là une question d’opinion, je dirais même plus : d’option et de valeur. On a le choix entre penser à soi ou penser au bien commun, à l’autre. Ah ! Qu’on en fait des simagrées, démonstrations, manifestations et réclamations quand il s’agit de l’environnement. Il faut se lever, se mettre ensemble, combattre la pollution, les gaz à effets de serre, alouette ! Il s’agit du bien de tous, de la survie de la terre… Et j’appuie cette cause de tout coeur. Mais comment peut-on adopter une attitude telle pour l’environnement pendant qu’on tue les enfants dans le ventre de leur mère et qu’on les arrache à leur père ? Une incohérence qui m’apparaît si évidente, mais qui ne semble même pas effleurer l’esprit de nos contemporains.
Un humoriste en exemple...
J’ai bien dit qui semble. En effet, il y a deux jours, je suis tombée sur la diffusion à la télé d’un spectacle de l’humoriste Louis-José Houde, spectacle qu’il a intitulé « Suivre la parade ». Il parlait de l’avortement, ou plutôt de son avortement, c’est-à-dire de celui qu’il avait vécu avec sa conjointe… mais du point de vue de l’homme. C’était éloquent !
Pour la première fois, je voyais un Louis-José Houde grave, qui révélait ce qu’il a appelé à plusieurs reprises le moment « le plus important de sa vie ». Il racontait son attente dans la clinique : son angoisse, ses questionnements, ses doutes, la folie de ce geste, le drame qu’il vivait, ses regrets, sa honte, sa peur même d’être reconnu. Et l’horreur de découvrir, au moment où il voulait revenir sur sa décision, que le mal était déjà fait. Pour se consoler, il essayait de croire -reconnaissant lui-même que c’était du domaine de l’imagination- que cet enfant-là, ce serait le même qui reviendrait lors de la prochaine grossesse, voulue cette fois.
Cet humoriste, pendant son spectacle d’humour (il faut le faire !) raconte, bouleversé, que le jour même de l’avortement, en revenant de l’intervention, il a trouvé un message de son agent sur son répondeur lui annonçant qu’il avait été choisi par les élèves d’une école ou d’une commission scolaire (je n’ai pas noté), comme étant « le père qu’on aimerait avoir ». Voici une belle illustration d’événements qui parlent par eux-mêmes… Il était révolté et se sentait profondément coupable.
Et puis, est arrivé ce qui est habituel dans ces cas-là d’avortement : la rupture avec sa douce, une rupture vraiment douloureuse pour lui. Pourtant, Louis-José Houde affirme être pour l’avortement… et il s’empresse d’ajouter « quand c’est celui des autres » !
Le vrai problème de l'Afrique
Après tant de souffrance, de non-sens, de gestes contre-nature, vous allez me dire qu’il faut financer l’avortement en Afrique ? Vous ne trouvez pas qu’ils souffrent déjà assez là-bas ? La vie, c’est leur seule espérance ! L’espérance d’en sortir et de voir des jours meilleurs pour leurs enfants. La vie, c’est faire un pied de nez à la mort ! La vie, c’est affirmer la détermination à s’en sortir ! La vie, c’est le contraire de baisser les bras ! La vie, c’est la force pour continuer à lutter, au moins pour le bien de sa progéniture ! La vie, c’est la survie d’une société, de notre humanité !
À Radio-Canada, dans un échange entre la chef d’antenne Céline Galipeau et Sophie Langlois, correspondante en Afrique, on dénonçait l’horrible statistique de femmes qui meurent en couche, première cause de décès des Africaines (1 femme sur 13). Mais est-ce que l’avortement peut régler ça ? Il me semble qu’au moment de l’accouchement, il est déjà trop tard pour un avortement !
De plus, en Afrique, si les femmes meurent lors d’accouchements, aux dires même de Sophie Langlois qui était sur place pendant la dernière année, c’est parce qu’elles sont loin des cliniques, qu’elles doivent voyager sur des charrettes bringuebalantes, qu’il n’y a pas de médecins, etc. 85% des femmes de l’Afrique de l’Ouest vivent encore dans des petits villages éloignés, sans commodités, sans soins, explique-t-elle. Il apparaît donc évident que les problèmes seront exactement les mêmes pour l’accès à l’avortement ! D’autant plus que dans presque tous les pays d’Afrique, l’avortement est illégal.
Mais Sophie Langlois continue à s’attacher au principe, malgré l’évidence… et comme si c’était la seule solution. Elle affirme que le fait de ne pas financer l’avortement en Afrique « ne change rien, ce que ça fait, c’est que ça leur enlève, à ces femmes, l’espoir de peut-être avoir un jour accès à un avortement sécuritaire. » Wow! tout un espoir! Si la vie de ces femmes est bel et bien en jeu parce qu’elles ont failli mourir lors de leur dernier accouchement, pourquoi toujours leur offrir l’avortement ? C’est un non-sens! Elles devront retourner à l’avortement chaque fois qu’elles tombent enceintes? Belle logique ! Et méchant financement !
Un combat qui n'est pas celui des africaines
Est-ce que ça ne devient pas ridicule de se scandaliser de ce refus de financement de l’avortement quand le problème des femmes enceintes africaines c’est surtout celui de la pauvreté, de l’accès à la santé, du manque de nourriture, de soins à prodiguer à leurs enfants, de la peur du lendemain, etc. ?
On objecte que des Africaines tentent de se faire avorter avec leurs propres moyens au risque de leur vie, tout en reconnaissant que c’est plus souvent parce qu’elles ne veulent plus d’enfants n’étant pas capables de subvenir à leurs besoins. Dans ces circonstances, notre analyse de pays industrialisé conclut, bien sûr, que l’avortement, c’est moins cher à financer qu’une vie nouvelle, c’est plus commode… et moins exigeant pour nous, les pays riches.
Non, mais, c’est quand même ahurissant qu’on réclame le financement de l’avortement à grand cri, pendant qu’on les laisse crever de faim ! Qu’on les laisse dans l’ignorance sans leur donner les moyens de s’en sortir. Non, on se bute, il faut absolument financer l’avortement. On se sert des femmes africaines et de leurs souffrances pour militer en bon pro-choix…
En plus, Radio-Canada a déniché un groupe de féministes à Halifax qui a manifesté contre la décision Harper, pour les citer en exemple de protestation dans un reportage. Elles étaient tout au plus une vingtaine !!! Si ç'avait été en faveur du respect de la vie, est-ce qu'on aurait même parlé de l'événement? J’ai hâte de voir si nos bons médias vont couvrir la marche pour la vie du 13 mai à Ottawa avec autant d’emphase !
Et puis, au Canada, est-ce que le financement de l’avortement a été si bénéfique que ça ? On a un problème épouvantable de natalité. Au point qu’on doive ouvrir nos frontières à l’immigration pour sauver l’avenir de notre pays… Est-ce que le Canada est un exemple de réussite qu’il faut exporter ? Moi, je pense que Harper rend service à l’Afrique en refusant de financer l’avortement. Qu’on investisse encore de l’argent en Afrique, mais qu’on l’investisse pour son bien !
Oui, j’enrage ! J’enrage d’une sainte colère ! Ces gens se battent pour l’avortement et non pas pour la femme et encore moins pour la femme africaine. Ils veulent gagner leur combat féministe qui n’a plus grand-chose de féminin, mais tout de l’individualisme égoïste. Mais l’africaine, elle, qu’est-ce qu’elle en pense, ça, on n’en parle pas. Si on lui demandait de choisir entre l’avortement et de l’aide pour garder son enfant, je parierais qu’elle choisirait la vie ! Elle choisirait de la nourriture, des soins de santé, des écoles. Et vous, que choisiriez-vous, à sa place ?
