Yves Casgrain

BP et le Royaume de Dieu

CNS photo/Lee Celano, Reuters

Quel est le lien avec la Compagnie British Petroleum et le Royaume de Dieu me demandez-vous ? Aucun, justement !

Ces derniers temps, ce n’est pas juste du pétrole qui coule à flot, mais les nouvelles concernant British Petrolium (BP). C’est en écoutant une chronique de Gérard Fillion portant, entre autres, sur cette tragédie écologique et humanitaire, que j’ai compris que ce drame pouvait avoir une portée évangélique.

Gérard Fillion relatait que les dividendes versés par BP à ses actionnaires pourraient être suspendus. Selon Radio-Canada, le directeur général de BP envisagerait même de ne pas payer les dividendes du deuxième trimestre de son exercice financier afin de calmer les critiques qui font vaciller le groupe pétrolier. Barack Obama suggère au président de BP de se servir de ces dividendes afin de défrayer les coûts du nettoyage de la catastrophe dont elle est responsable. Or, ces dividendes s’élèvent, selon Obama, à 10,5 milliards de dollars.

Suis-je responsable de cette tragédie ?

Excellente suggestion me direz-vous. Tout à fait ! Mais il y a un hic. Et un gros. Les actionnaires de BP lisent aussi le Nouvel Informateur catholique! Eh oui, il y a des actionnaires parmi nos lecteurs. J’en suis peut-être un. (Cela me fait penser que je dois me renseigner à ce sujet auprès de mon courtier….). Comment peut-on être un actionnaire de BP ? Facile. Vous investissez dans les REER ? Votre compagnie possède un Fond de retraite ? Alors, il est fort probable que vous contribuez à la très très bonne santé financière de cette entreprise. Certes, votre contribution est modeste, mais c’est une contribution tout de même !

Est-ce à dire que je suis un éventuel co-responsable de cette tragédie environnementale ? S’il s’avère que l’un ou l’autre des fonds utilisés par mon courtier comprend BP et que je ne demande pas à mon courtier de changer de fond, alors oui j’en suis un ! Et si c’est ma compagnie qui investit dans un fonds composé, entre autres, par BP ? Encore une fois, je suis complice, si je ne demande pas à mon patron de changer de fond.

Mais pourquoi me sentir responsable de ce drame ? Ce n’est quand même pas moi qui ai pris les décisions qui ont conduit à l’écoulement de centaines de milliers de litres de pétrole dans le golfe du Mexique !

Parce que je suis un chrétien ! Voilà pourquoi ! Et en tant que chrétien j’ai la responsabilité de participer à la création du Royaume de Dieu promis par le Christ.

Ce Royaume de Dieu, Jean l’évangéliste en a dressé un portrait fort évocateur dans son livre l’Apocalypse (21, 1-5a et 21, 7) :

«Alors, je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle; car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus. Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête comme une épouse qui s’est parée pour son époux. Et j’entendis, venant du trône, une voix forte qui disait : voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu. Et celui qui siège sur le trône dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. (…) Le vainqueur recevra cet héritage.»

Ce qui veut dire que dans ce Royaume il n’y aura plus de pollution, d’injustices, d’avortements (s’cusez !), de pauvreté, d’exploitations…Le Paradis sur Terre!

Agir de manière responsable

Ce Royaume, toutefois, nous avons la responsabilité de contribuer à sa venue, comme l’affirme Jésus dans les béatitudes :

«Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.» (Matthieu, 5,9-10).

Alors dans le cas de BP que doit faire un chrétien ? Agir de manière responsable, c’est-à-dire ne plus acheter, d’une manière ou d’une autre, d’actions de la compagnie.

La seconde démarche chrétienne concerne toutes les autres entreprises socialement irresponsables et qui causent des dommages à l’environnement et aux populations. Un chrétien ne peut, en toute conscience, avoir des actions de ces compagnies à moins de militer de l’intérieur afin que celles-ci prennent la mesure de leurs mauvaises actions.

C’est ce à quoi s’est engagé le Regroupement pour la Responsabilité Sociale des Entreprises (RRSE). Composé en grande partie par des communautés religieuses, le RRSE se donne comme mission de dialoguer avec les entreprises, d’appuyer et de présenter des propositions «d'actionnaires liées au respect des droits de la personne, des travailleurs et des travailleuses, ainsi que de l'environnement» aux compagnies dont ses membres possèdent des actions.

Citons en guise d’exemple du travail réalisé par le RRSE un dossier concernant Alcan. Une proposition a été déposée auprès des actionnaires par les Oblats de Marie Immaculée afin qu’Alcan, qui possédait 45% des actions dans un projet d’extraction de bauxite et de production d’alumine en Inde. Ce projet risquait de confisquer les terres d’agriculteurs ainsi que de détourner les ressources d’eau potable de la région. Devant le tollé de la population environnante, les Oblats de Marie-Immaculée, actionnaires au sein d’Alcan, ont suggéré que les cadres de l’entreprise «confie une étude sur les impacts humains et écologiques du projet à une firme indépendante.» (Esthel Zelher, Le Devoir, 25 avril 2007).

Les sœurs de Sainte-Anne, avec d’autres associations, ont réussi à faire en sorte que la minière canadienne Barrick Gold adopte «l'Initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE), une coalition internationale, multipartite et indépendante.» Cette victoire n’est pas minime lorsque l’on connaît l’opacité entretenue par les minières sur leurs revenues ainsi que sur les impacts sociaux et environnementaux de leurs exploitations. (Le Devoir, 25 avril 2007)

Caritas in Veritate

Le Regroupement pour la Responsabilité Sociale des Entreprises est un exemple de ce que peuvent faire des chrétiens engagés pour une plus grande justice. Nous pouvons les appuyer dans leur mission. Nous pouvons également nous renseigner auprès de notre courtier sur les Fonds d’investissement Éthiques qui excluent les entreprises qui ne tiennent pas en compte l’environnement ou les droits et libertés de la personne dans leur course effrénée vers la richesse illimitée.

Le Pape Benoit XVI rappelle dans son encyclique Caritas in Veritate que «c’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher». Le Souverain Pontife poursuit en écrivant qu’à «côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société: le bien commun. C’est le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale. Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la pólis, de la cité. On aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels. Tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis.»

En suivant cet appel, nous ferons en sorte, avec l’aide de l’Esprit Saint, que le Royaume de Dieu surgisse sur notre Terre et que tous les BP de cette planète en soient exclus, ou mieux, transformés, convertis.


Partager
Les contenus rédactionnels des blogues n’engagent que leurs auteurs.

Ajouter un commentaire


Votre nom complet :

Veuillez reproduire l'image suivante :

CAPTCHA

Votre commentaire :



Le référenceur des

meilleurs sites catholiques francophones